Haïti : l'opposition dénonce le gel de l'aide canadienne

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) estime que le gouvernement fédéral fait fausse route dans le dossier d'Haïti. 

Hélène Laverdière, députée néo-démocrate de Laurier-Sainte-Marie et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'Affaires étrangères, dénonce le gel des fonds canadiens destinés aux nouveaux projets en Haïti, annoncé par le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, dans une entrevue à La Presse. Elle illustre le manque de compréhension du dossier haïtien par le gouvernement conservateur en rapportant les propos de M. Fantino, qui a reproché aux Haïtiens de ne pas ramasser leurs ordures.

« Ce sont des gens qui se lèvent le matin en ne sachant pas s'ils vont manger », explique Mme Laverdière en entrevue au Réseau de l'information (RDI), expliquant que le ramassage des ordures ne constitue pas leur premier souci.

M. Fantino estime que le gouvernement doit revoir son approche de l'aide internationale afin de permettre aux Haïtiens « de se prendre en main ».

Un travail de longue haleine

La députée de Laurier-Sainte-Marie convient qu'il y a de nombreux problèmes et défis en Haïti. « Mais, c'est justement ce pour quoi il faut être là », poursuit-elle.

Elle mentionne que le Canada a une expertise en Haïti, grâce à plusieurs années de présence du gouvernement et des organismes de la société civile dans ce pays.

Le directeur scientifique de l'Observatoire canadien des crises et de l'aide humanitaire, François Audet, convient que la reconstruction d'Haïti prend plus de temps que prévu, mais il l'explique par les déficiences des infrastructures, de la logistique et de la gouvernance du pays. « Les capacités locales sont extrêmement limitées sur place, explique-t-il. Il faut reconstruire l'État haïtien à la base. »

La reconstruction d'Haïti ne se fera pas en trois ou cinq ans, poursuit-il. « Ça se fait en dedans d'une génération! Il faut partir de l'école et construire la société civile pour arriver dans 10 ou 20 ans. Et, d'arrêter en plein milieu, surtout par rapport au rôle que le Canada joue en Haïti, c'est à la fois surprenant et même un peu décevant. »

M. Audet souligne que le pays part de très loin. « Avant même le tremblement de terre, l'État haïtien avait déjà énormément de problèmes. Des problèmes d'infrastructures, de gouvernance, des problèmes de capacités locales. »

Mme Laverdière dénonce, de son côté, l'approche commerciale du gouvernement conservateur qui va, selon elle, à l'encontre du mandat de l'ACDI qui est de lutter contre la pauvreté. « En fait, ça ne devient presque plus de l'aide au développement, ça devient de la promotion des intérêts commerciaux du Canada. »

La responsabilité des donateurs

M. Audet admet qu'on puisse remettre en question l'efficacité de l'aide canadienne en Haïti, mais il précise qu'il ne faut pas l'interrompre pour autant. Un retrait de l'aide canadienne pourrait entraîner le désengagement des États-Unis, de la France et même de l'ONU, selon lui.

Il prône plutôt la patience envers Haïti et estime que les pays donateurs ont également une part de responsabilités dans les difficultés rencontrées par ce pays. « Ça fait près d'un demi-siècle que l'État haïtien est sous tutelle de gouvernements donateurs », soutient-il en mentionnant également la surabondance d'organismes non gouvernementaux sur le sol haïtien.

Il estime que les pays donateurs devraient s'interroger sur l'efficacité de leur intervention plutôt que de rejeter le blâme uniquement sur le dos des Haïtiens.

Quant à Mme Laverdière, elle croit que la principale conséquence du désengagement canadien en Haïti se fera sentir lors de la prochaine crise dans ce pays. Si Haïti ne parvient pas à se relever, il se retrouvera de nouveau à la merci de l'aide internationale, un cercle vicieux qui n'avantagerait pas le Canada, croit-elle.

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