La chronique de Normand Lester

Pourquoi attendre 8 ans pour enquêter sur la mort de Yasser Arafat?

Yasser Arafat. (Corbis)Si on avait enquêté plus tôt sur la mort de Yasser Arafat, la possibilité de découvrir des preuves qu’il a été assassiné aurait été beaucoup plus grande. Étrangement on n’a même pas procédé à une autopsie même si les causes de la mort n’étaient pas évidentes et qu’il se trouvait dans un hôpital militaire français.

Le blog de la revue Foreign Policy suggère qu’en 2004, il y avait des chances sérieuses d’en arriver à un règlement négocié du conflit israélo-palestinien et personne du côté palestinien ne voulait saborder le processus qui s’engageait. Israël s’est retiré de Gaza en 2005 et un accord a été conclu sur les déplacements des Palestiniens en 2006. Même si on soupçonnait que la mort d’Arafat n’était pas due à des causes naturelles, la direction palestinienne voulait éviter de braquer les Israéliens.

Depuis le gouvernement d’extrême droite israélien, élu démocratiquement il faut le souligner,  à tout fait pour rendre tout accord de paix impossible. Il a en particulier accéléré la création de colonies de peuplement juives, illégales en vertu du droit international, en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

Aujourd’hui, les conditions ont changé. Les Palestiniens ont compris que les négociations bilatérales n’iraient jamais nulle part et que la reconnaissance de leur État se ferait d’abord en obtenant le statut d’observateur à l’ONU, au grand dam d’Israël et des États-Unis.

De plus, la récente attaque israélienne contre Gaza a eu pour effet de resserrer les liens entre frères ennemis palestiniens. Le Hamas a annoncé qu’il appuyait maintenant l’Autorité palestinienne dans sa demande d’être reconnu par les Nations-Unies. Soutenu par les gouvernements islamistes de Turquie et d’Égypte, le Hamas est maintenant un acteur diplomatique crédible qui a obtenu des concessions de Netanyahu. La réconciliation palestinienne ne fera qu’accroitre la stature internationale de la Palestine. 

Le journal israélien Haaretz révèle dans son édition d’aujourd’hui que l’administration Obama, exécutrice des basses œuvres de Netanyahu, a exercé des pressions sur l’Autorité palestinienne pour qu’une fois admise à l’ONU, elle s’engage à ne pas porter plainte contre Israël devant la cour internationale de La Haye pour crimes de guerre. Les Palestiniens ont rejeté du revers de la main les exigences américaines.

Dans ce contexte,  les spéculations entourant la mort d’Arafat ne peuvent maintenant que favoriser la cause palestinienne.

Si les experts français, russes et suisses découvrent des preuves irréfutables qu’Arafat a été assassiné, l’Autorité palestinienne (peut-être alors réunifiée) aura une raison de plus de repousser toute nouvelle négociation bilatérale avec Israël et de s’en remettre à la communauté internationale pour faire valoir ses droits.

Les résultats des experts sont attendus vers mars ou avril 2013. Je doute qu’ils puissent être hors de tout doute raisonnable. Même s’il est établi que c’est l’irradiation au polonium-210 qui a directement causé la mort d’Arafat, ce qui n’est pas une mince réalisation, cela n’implique pas que c’est Israël qui est l’auteur du crime. Une telle preuve paraît pratiquement impossible à établir à moins qu’un complice se mette à table. Ce qui n’est guère probable.

Les circonstances sont pourtant troublantes. Durant les deux dernières années de sa vie, Arafat était littéralement prisonnier des Israéliens, confiné dans son quartier général de Ramallah assiégé. Tout ce qu’il buvait et mangeait était contrôlé par l’armée israélienne. Le polonium-210 ingéré avec des aliments, a causé la mort de l'ancien espion russe Alexandre Litvinenko, ennemi de Poutine, à Londres en 2006. De plus, le réacteur nucléaire israélien de Dimona produit du polonium-210.

Israël niera avec véhémence être responsable de sa mort, mais aux yeux du monde arabe et de l’immense majorité des observateurs, sa responsabilité ne fera pas doute.