La chronique de Normand Lester

Ottawa ne veut plus être obligé de voler de référendum québécois

La caricature du 21 octobre.Le gouvernement Harper a décidé de se joindre au chef du défunt Equality party, Keith Anderson, pour contester la loi 99, adoptée en 2001, en réaction à la loi fédérale «sur la clarté» des renégats Chrétien et Dion à la suite du référendum de 1995.

La loi 99 stipule qu'une majorité de «50 pour cent plus un» est suffisante et que «le peuple québécois a le droit inaliénable de choisir librement le régime politique et le statut juridique du Québec».

Dans son argumentaire, le procureur général du Canada demande à la Cour supérieure du Québec d'invalider cette loi. À la suite des agitateurs haineux du parti suprématiste anglo, il affirme que les Québécois n’ont pas le droit de décider de se séparer du Canada: «En vertu de la Constitution du Canada, le Québec est une province du Canada et la loi contestée ne peut en aucun cas constituer le fondement juridique d'une déclaration unilatérale d'indépendance».

Pourtant le gouvernement fédéral avait déjà reconnu cette règle démocratique du 50 % +1 dans le cadre du référendum de Charlottetown. Il avait aussi accepté la même règle lors de celui de 1995. Comme Robin Philpot et moi l’avons démontré dans notre livre Les secrets d’Option-Canada, on s’est fait voler ce référendum par quelques milliers de votes illégaux et par les magouilles de cette officine fédéralo-libérale.

Même à droite au Canada anglais, la règle du 50 % +1 ne pose pas de problème: Harper et son prédécesseur Preston Manning au Reform Party avaient déclaré dans les années 90 que 50 % + 1 était une majorité suffisante pour que l’indépendance du Québec se fasse.

En 2006, le premier ministre avait fait adopter une motion reconnaissant que les «Québécois forment une nation». On constate maintenant que cette reconnaissance n'était qu'une fumisterie politique souligne le chef du Bloc Daniel Paillé.   

Soulignons que Chrétien et ses successeurs n'ont pris aucune mesure judiciaire pour contester la loi 99. Selon le magazine MacLean's, Harper a décidé personnellement que le gouvernement fédéral allait intervenir après avoir été mis au courant du dossier par des «Rhodésiens blancs» impliqués dans la contestation. Treize ans après le dépôt de la première requête, la Cour supérieure du Québec va entendre la cause en 2014. Henderson assume jusqu’ici les frais de frais de cour et d'avocat à l’aide de levées de fonds. Il serait révélateur de savoir d’où provient l’argent.

Alexandre Cloutier. Le ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier a révélé que le gouvernement du Québec envisage de déposer une motion à l'Assemblée nationale pour réaffirmer le droit à l’autodétermination du Québec avec 50 % +1 de voix.  

Cette question fait l’unanimité des autres formations politiques de l’Assemblée nationale qui dénoncent elles aussi la démarche du fédéral. C’est extrêmement rare. Même le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard s’est fendu d’une déclaration solennelle: «l'avenir de notre peuple sera toujours décidé par les Québécoises et les Québécois.»

Alors que s’ouvre un congrès de son parti à Calgary, Harper peut-être jugé intéressant d’adopter une position ferme vis-à-vis du Québec pour ne pas laisser toute la place à Trudeau sur cette question.

Voyez d’ailleurs sa subtilité et son hypocrisie. Le gouvernement dépose discrètement son argumentaire à la cour et laisse Henderson et Tyler couler l’information au magazine MacLean’s.

Il s’agit peut-être des premiers éléments d’un nouveau plan B, une nouvelle stratégie fédérale pour contrer le mouvement indépendantiste québécois en prévision de la réélection peut-être majoritaire du gouvernement Marois cet automne.

La réalité du Canada est qu’il y a ici deux nations et que l’une domine l’autre et s’arroge le droit de décider de son avenir par le droit, ou si lorsque requis, par les coups fourrés ou la force. Ça dure depuis 250 ans cette année.

Le gouvernement Harper si féru de commémorer des victoires militaires britanniques en Amérique du Nord n’ait pourtant rien fait pour commémorer la cession de la Nouvelle-France à l’Angleterre. Étrange.