La chronique de Normand Lester

Les républicains américains sont condamnés aux poubelles de l'histoire

Barack Obama, lors de son discours à Chicago, le soir de sa réélection. (Reuters)Avec un soupir de soulagement, la planète entière a applaudi la réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis. Le Pakistan est l’exception qui confirme la règle. Une majorité y favorisait Romney. Obama y est perçu comme un «tueur d’enfants» à cause des dommages collatéraux que font parmi les civils, les drones américains ciblés sur les alliés pakistanais des talibans.

Nous l’avons échappé belle!  La victoire d’Obama réduit les possibilités d’une confrontation militaire avec l’Iran et les conséquences terribles qu’elle aurait pour les peuples de la région et l’économie mondiale. Netanyahu doit être particulièrement frustré que son ami Romney ait été défait. Romney avait publiquement déclaré que les États-Unis seraient derrière Israël si le pays décidait d’attaquer l’Iran.

Les ploutocrates de Wall Street, pourtant bien traités par Obama, appuyaient aussi le «ticket» républicain. La chute importante des indices boursiers depuis l’élection est une manifestation de leur amertume.

Obama a obtenu 50,4% des suffrages contre 48,1% pour Romney. Je trouve inquiétant que tant d’Américains, plus de 57 millions, aient accordé leur confiance au Parti républicain qui est devenu, sous la houlette du Tea Party et de fanatiques religieux, une formation dont le programme extrémiste le placerait à droite du Front national français si les deux partis évoluaient sur le même échiquier politique.

Même s’il a obtenu près de la moitié des voix, les résultats de la présidentielle sont quand même de très mauvais augure pour le Parti républicain. Ils démontrent qu’il est condamné d’ici quelques décennies seulement, à suivre le chemin des dinosaures comme le parti whig qui s’est désintégré peu avant la guerre de Sécession.

Regardez la carte des résultats électoraux. Les États dynamiques du Nord-Est et ceux de la côte ouest ont voté Obama alors que les États à dominance rurale du centre et le «deep south» fondamentaliste ont opté pour Romney. 

Pire pour les républicains, la démographie du vote. L’électeur typique de ce parti est un homme blanc de plus de 50 ans, souvent sous éduqué. Les démocrates ont le vote des femmes, des jeunes, des bien-éduqués et des minorités ethniques (les noirs à 91% et les latinos à 71%). Les blancs non hispaniques ne constituent plus que 72% de la population américaine. Ils étaient 76% aux élections de 2008. D’ici trois décennies, ils seront moins de 50%.

Les Latinos représentent une force politique montante. (Reuteurs)La forte natalité des non-blancs et l’immigration minorisent encore plus les Wasps (white anglo-saxon protestant) et l’électorat républicain. Le catholicisme est devenu la première religion des États-Unis, grâce entre autres aux 52 millions de Latinos (16,5 % de la population). Pour la première fois dans l'histoire américaine, les nouveau-nés non blancs étaient plus nombreux que les blancs en 2011.

Il est extrêmement difficile d’imaginer comment le Parti républicain peut modifier sa plate-forme politique d’extrême droite pour attirer cet électorat. D’abord parce qu’au centre droit la place est déjà occupée par le Parti démocrate. Ensuite parce que s’il tente de se déplacer vers le centre, sa base électorale traditionnelle le délaissera parce qu’elle-même se radicalise vers la droite.

Le mieux qu’il puisse faire, c’est de se donner des porte-étendards non-wasp pour défendre ses idées régressives. On pense au gouverneur de la Louisine, Bobby Jindal, d’origine indienne et, surtout, au sénateur latino Marco Rubio de Floride que Romney a considéré comme vice-président. Un tel maquillage ne changera pas la réalité rétrograde du parti.

Le parti de Lincoln, d’Eisenhower et de Ronald Reagan semble condamné aux poubelles de l’histoire.