La chronique de Normand Lester

Le tueur de Newtown, ses complices et ses instigateurs

Des anges en mémoire des victimes de l'école Sandy Hook. (Reuters)Obama a déclaré qu’il allait agir pour resserrer le contrôle des armes à feu aux États-Unis. C’est la quatrième fois depuis qu’il est président qu’il prononce un discours pour réconforter les parents et amis de victimes d’une tuerie de masse majeure. C’est sans compter les assassinats collectifs «mineurs» qui ensanglantent maintenant le pays presque chaque semaine. Cette fois, le fait que la majorité des morts soit de jeunes enfants force le président à vraiment envisager d’intervenir.

Le forcené a agi avec plusieurs complices. D’abord la classe politique américaine tant fédérale que locale, totalement inféodée à la «National Rifle Association», le puissant lobby des armes à feu, qui porte une responsabilité directe pour ces massacres à répétition.

Au cours d’une journée normale aux États-Unis, quelque quatre-vingts personnes sont assassinées avec des armes à feu et 300 autres blessées. La libre circulation des armes à feu et les tueries qu’elle engendre sont un fléau et une honte nationale qui n’a jamais troublé les Américains. Ils semblent souffrir d’une folie collective : le syndrome de l’amour des armes à feu.  

Barack Obama, au lendemain du massacre. (Reuters)Que vont faire le président et les démocrates? Sans doute, parrainer un projet de loi restreignant la possession d’armes avec des chargeurs à grande capacité et à grande rapidité de tir. Ils pourraient également interdire la vente libre d’armes d’occasion dans les «Gun Fair» si populaires dans les régions rurales.

Le Dr David Hemenway, un professeur à l'École de Santé publique de Harvard propose dans un livre «Private Guns, Public Health» une approche différente qui devrait aussi être retenue. Il voudrait que les autorités fédérales considèrent la prolifération des armes à feu comme un problème de santé publique et qu’ils agissent en conséquence.

Il souligne que c’est de cette façon que les États-Unis ont réussi à réduire dramatiquement les décès causés par les maladies infectieuses, les accidents de voiture, et la consommation de tabac au cours des cinquante dernières années. Actuellement, la réglementation fédérale sur les échelles et les escabeaux, les véhicules automobiles et les jouets représentants des armes à feu est plus détaillée que celle sur les armes à feu réelles.

De telles mesures diminueraient la capacité de tuer des tueurs fous. Mais ça ne règlerait pas pour autant le problème. Il y a près de 300 millions d’armes à feu en circulation aux États-Unis. La folie des armes à feu et le goût de la violence sont trop généralisés depuis trop longtemps dans la société américaine pour pouvoir la guérir. Un peu comme l’étaient les meurtres rituels sanguinolents dans les sociétés précolombiennes.
 
Cet amour de la violence sanguinaire et cet appétit pour le macabre est propagé par Hollywood aux  États-Unis et au-delà depuis 100 ans. Toujours en plus morbides et en plus monstrueux avec les progrès des effets spéciaux et des technologies.

Pensez aux films abjects de Quentin Tarantino qui ne sont qu’une succession de meurtres violents sanglants et gratuits entrecoupés de dialogues incohérents des personnages. L’auteur est convaincu que la longue hémorragie sadique que sont ses films explique leur succès.

Mais on n’arrête pas le progrès… ni la décadence des mœurs et des valeurs. Maintenant, les jeunes hommes, avec troubles mentaux ou pas, sont à même de vivre à la première personne la frénésie d’être un tueur de masse, d’être un donneur de mort avec des jeux vidéos hyper-violents qui font l’apologie du meurtre comme façon de régler des problèmes, de se réaliser soi-même et d’accroitre son égo.

Il n’y a aucun rapport diront certains. Une nouvelle étude considère que l'exposition prolongée à des jeux violents est aussi addictive que le tabac. Des recherches menées par l'Université Pierre-Mendès-France, l'Ohio State University et l'Université de Hohenheim, ont constaté que l'exposition prolongée à ces jeux vidéo augmente l'agressivité chez les jeunes hommes et les désensibilise à la violence.

Adam Lanza. (Reuters)Adam Lanza, l’auteur du massacre de Newtown  avait une obsession pour les jeux videos violents. Plus les simulations où le joueur est lui-même le tueur sont violentes, plus elles se vendent bien. Des dizaines de millions d’exemplaires de Grand Theft Auto,  de Postal, de Thrill Kill, de Mortal Kombat  et d’Assassin’s creed (conçu à Montréal) ont été vendus.

Voilà où en est rendue la société dite civilisée à la remorque de la culture de masse américaine, inspiratrice d’Adam Lanza.