La chronique de Normand Lester

La caisse noire de la SQ: les copains d'abord

Enquête sur la SQ. (Presse Canadienne)Une enquête criminelle est ouverte sur les activités de trois anciens officiers d’état-major de la Sûreté du Québec et sur l’utilisation de sommes considérables provenant de la caisse noire du corps policier, le Fonds d'opérations spéciales.

Selon le journal La Presse, on se serait servi de l’argent pour «compenser» clandestinement des membres de la haute direction et pour dissimuler des surplus de budgets. Si ces allégations se confirment, cela s’est fait au mépris des lois par des policiers dont la mission est de faire respecter la loi.

L’intention de contourner les règles et les procédures ne fait pas de doute. On voulait donner des indemnités de départ occultes à des amis, rémunérer «au noir» l’éminence grise du directeur général, interdite d’embauche par la SQ à cause de problèmes avec le fisc et éviter de retourner des sommes non dépensées au gouvernement à la fin de l’année budgétaire. 

Ces révélations indiquent que les langues se délient au sein de la police nationale depuis que les libéraux ont quitté le pouvoir. Certaines situations troubles survenues depuis quelques années laissent croire qu’il y a peut-être eu d’autres irrégularités dans les hautes sphères du corps policier liées à plusieurs affaires à caractère politique.

Voilà sur quoi je fonde mes soupçons. D’abord la lenteur extrême qu’a mise la SQ à ouvrir des enquêtes sur les malversations impliquant l’industrie de la construction. Déjà en 2003, un consultant du ministère des Transports du Québec, François Beaudry l’avait alerté sur des concussions dans l’octroi et les dépassements de coûts dans les contrats de voirie. Pourtant, il a fallu plus de cinq ans, des appels répétés de sa part, et surtout qu’il passe à l’émission Enquête de Radio-Canada pour que la SQ sortent finalement de sa léthargie.

Il y a ensuite l’opération «Diligence» touchant spécifiquement les liens entre la FTQ, le Parti libéral, la mafia et l’industrie de la construction. On sait que les enquêteurs se sont plaints à plusieurs reprises dans les médias que la haute direction mettait des entraves à leur travail. Une filature a même été interrompue subitement alors qu’Eddy Brandone de la FTQ, proche du caïd Johnny Bertolo, assassiné en 2005, de Tony Tomassi et de Raynald Desjardins est allé rencontrer le premier ministre Charest dans un hôtel de Dorval. 

Toujours au sujet de «Diligence», la commission Charbonneau a dû se plaindre au gouvernement Marois parce que le directeur Deschenes ne voulait pas lui remettre tous les dossiers réclamés sur cette opération. Pourquoi cette réticence, sinon pour protéger des élus libéraux et des dirigeants de la FTQ?

Et enfin, il y a l’imbroglio concernant Luigi Coretti, le président de l’agence de sécurité privée BCIA. Grâce aux pressions du ministre Tony Tomassi, qui utilisait des cartes de crédit de BCIA, sur son collègue Jacques Dupuis de la sécurité publique, Coretti a obtenu de la SQ un permis de port d’armes dissimulé alors qu’il n’en remplissait pas les conditions. Coretti était aussi un proche du chef Yvan Delorme de la police de Montréal alors en relation amoureuse avec la vice-première ministre Nathalie Normandeau.

Nathalie Normandeau annonce sa démission le 6 septembre 2012. (Presse Canadienne)

Delorme et Dupuis ont démissionné sans explication après que la GRC eut ouvert une enquête sur Coretti qui a finalement fait une faillite de 20 millions de dollars. Son entreprise BCIA avait accumulé pendant des années des contrats où des libéraux et leurs amis étaient des donneurs d’ordres. Tomassi fait face à des accusations d'abus de confiance et de fraude contre le gouvernement.

Je crains qu’on ne soit pas encore arrivé au fond du baril, dans la multitude de scandales qui éclaboussent le Québec.