La chronique de Normand Lester

Israël: l'État le plus militarisé du monde est aussi l'un des plus «insécures»

Un soldat israélien se tient sur son tank, près de la frontière avec la bande de Gaza. (Reuters /Ronen Zvulun)L’État d’Israël a été créé par la force des armes et a recours régulièrement à la violence guerrière pour persister. Sept guerres majeures ont marqué son existence. Il est engagé actuellement dans ce qui peut devenir la huitième. Ses dirigeants sont convaincus que seule la suprématie absolue de ses forces armées sur celles de ses voisins arabes assure son avenir dans la région la plus violente et la plus instable de la planète.

Il n’est donc pas surprenant qu’Israël soit l’État le plus militarisé de la planète selon le groupe de réflexion allemand Bonn International Center for Conversion (BICC), qui publie un indice de militarisation mondiale (IMM) couvrant 135 pays.

L'Indice est basé sur un ensemble de variables pondérées, comme la comparaison entre le budget militaire d'un pays à son produit intérieur brut (PIB) et le pourcentage du PIB qu'il consacre aux soins de santé, à l’éducation et aux services sociaux.

Israël s’est classé en tête de liste pour dix-sept des vingt dernières années. Il se classait en deuxième place, les trois autres années. Suivent sur la liste Singapour (2), la Syrie (3), la Russie (4), la Jordanie (5), Chypre (6) le Koweït (7), l’Azerbaïdjan (8), Bahreïn (9) et l'Arabie saoudite (10).

On notera que six des dix premiers pays sont au Moyen-Orient, la région qui présente le plus haut degré de militarisation au monde. Une surprise: l’Iran, la cible de menaces conjuguées d’Israël et des États-Unis, est loin sur la liste, au 34e rang. Il est l’État le moins militarisé du Moyen-Orient, précédé par l'Égypte (28), l'Irak (26), le Liban (17), les Émirats Arabes Unis (13), Oman (11) et les six pays mentionnés plus haut.

Le Canada se situe au 89e rang. Il est encourageant de constater que sa position descend dans la liste depuis 20 ans. En 1990, il était au 61e rang et en 2000, au 79e. Les dépenses militaires annoncées par le gouvernement Harper vont sans doute nous faire remonter dans l’Indice de militarisation.

Même s’ils ont le plus important budget militaire de la planète avec 689 milliards de dollars, les États-Unis ne se classent qu’au 29e rang, entre l’Égypte et l’Angola. Pourtant, le budget du Pentagone constitue à lui seul 40% des dépenses mondiales d'armement. Il dépasse les dépenses militaires combinées des 20 autres puissances militaires les plus importantes. Il est près de 7 fois le budget militaire de la Chine, la grande puissance montante, qui consacre 106 milliards de dollars à ses armées. Avec le deuxième budget militaire le plus important, elle est au 82e rang, derrière l'Inde en 71e place. 

Le BICC note que les pays d’Asie sont ceux qui progressent le plus rapidement dans l’indice. Ils consacrent plus de ressources aux armes par rapport à leurs dépenses civiles. 

Et dans tout cela, où est la Corée du Nord, considérée comme l'un des États les plus militarisés du monde? Les analystes du BICC pensent qu’elle contesterait facilement la première place à Israël, mais ils ne possèdent pas suffisamment de données vérifiables sur son économie pour lui appliquer leur grille d’analyse. Son ennemi, la Corée du Sud, qui se classait depuis de nombreuses années dans le top 10, est descendue au 18e rang cette année. La Grèce (14), le plus militarisé des pays de l’OTAN, surclasse sa rivale régionale, la Turquie (24).

Si vis pacem, para bellum. La vieille devise latine n’a jamais été aussi d’actualité pour le plus grand malheur de l’humanité. La force des armes seule ne peut garantir la paix et la sécurité, comme le démontre le cas d’Israël.