La chronique de Normand Lester

Ah, si seulement ces pauvres Russes pratiquaient la démocratie comme nous en Occident

Le parti Russie unie de Vladimir Poutine sort victorieux des législatives.J'ai suivi les reportages et les analyses sur les élections en Russie diffusés par des médias américains. Quelle bande d'hypocrites! On y dénonçait allègrement le fait que le pouvoir en Russie n'est pas démocratique, qu'il est corrompu, qu'il contrôle le système judiciaire et que les politiciens sont acoquinés avec des financiers malpropres.

C'est terrible. On se croirait aux États-Unis! Rappelez-vous que George Bush a été élu en 2000 même s'il avait reçu moins de votes que son adversaire démocrate parce que la Cour Suprême des États-Unis, «paquetée» par des juges républicains, a confirmé son élection. Les liens entre la Maison-Blanche, républicaine ou démocrate, et les ploutocrates de Wall Street sont manifestes au point d'être indécents. C'est pour l'oligarchie américaine que gouvernait Bush et que gouverne Obama. L'homme du changement et du renouveau (autoproclamé) a refusé de poursuivre les requins de la finance responsables de la crise financière mondiale de 2008. Certains font partie de son administration. Aux États-Unis la ploutocratie finance les deux partis dominants interchangeables, Blanc bonnet et Bonnet blanc, au détriment des autres forces politiques du pays. Dans la Russie de Poutine, les oligarques n'en financent qu'un seul, Russie Unie.

Bon, Poutine ne mérite pas de Nobel de la démocratie. (Obama méritait-il vraiment le Nobel de la paix?)  Pourtant, tous les sondages indiquent qu'il a le soutien de la majorité des Russes. Le gouvernement russe actuel n'est pas vraiment démocratique, mais, au moins, il est représentatif de la population. Le système politique bancal actuel est mille fois mieux que la dictature du prolétariat ou celle des Tzars.

C'est vrai qu'on peut reprocher à Poutine de contrôler la télévision russe un peu comme le grand démocrate Sylvio Berlusconi contrôle la télévision italienne. Mais Poutine contrôle moins les autres médias russes que Beslusconi ceux de son pays.

C'est plus fort qu'eux, nos voisins du Sud sont des donneurs de leçon. Certains commentateurs américains reprochent à Poutine de mener d'horribles interventions anti-démocratiques dans des républiques musulmanes du Caucase où des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité restent impunis. C'est terrible. Obama comme chacun le sait, a eu le courage de sévir contre ses prédécesseurs George Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld qui attendent en prison leur procès devant la Cour Internationale de La Haye. L'armée russe enlève, torture et tue ses ennemis dans le Caucase. Jamais la Grande Démocratie américaine ne commettrait ce genre d'outrages.

J'ai aussi trouvé vraiment cocasse d'entendre un commentateur de Radio-Canada évoquer le favoritisme et la corruption du régime Poutine comme exemple de déficience démocratique grave en Russie. On est tellement bien placé au Québec pour jeter un regard condescendant sur les Russes. Des gangsters et les politiciens qui accaparent les biens sociaux? Dieu merci, la démocratie en Occident nous protège contre ce genre d'abus.

Après mille ans d'autocratie, la Russie s'initie depuis 20 ans à la démocratie. Malgré les manipulations du système électoral et l'accès inéquitable aux médias, les Russes ont manifesté leur désapprobation des dérives autoritaires du régime en réduisant considérablement leur appui au tandem Poutine-Medvedev. Bravo au peuple courageux de Russie!

Belle leçon de démocratie pour nous les Québécois. Ici, on a accru en 2008 notre soutien électoral à Charest de 33 à 46 % après qu'il se fut révélé le premier ministre le plus incompétent de notre histoire durant son premier mandat. Les électeurs québécois se comportent comme des électeurs italiens qui ont réélu Berlusconi à plusieurs reprises malgré ses frasques. Charest c'est un Berlusconi triste et fade, sans les femmes, la gaudriole et la rigolade. Mais avec la mafia.