La chronique de Normand Lester

Québec 2012: après l'«annus horribilis», l’«annus mirabilis»?

Pauline Marois a connu un début de mandat plutôt actif... (Presse Canadienne)Comme titre pour cette dernière chronique de l’année 2012, c’est l’expression de la Reine Élizabeth qui me vient à l’esprit. J’ai l’impression de vivre dans une société qui prend conscience qu’elle s'est engagée sur la voie de la dissolution de ses valeurs morales et sociales. Et qui s’en fout!

La très grande majorité des Québécois a renoncé au catholicisme, qui a été le cadre structurant de notre société pendant la plus grande partie de notre histoire… et ne l’a remplacé par rien. Sinon par une vague idéologie sociale-démocrate où l’État providence joue maintenant le rôle qu’assumait jadis l’Église catholique.

Les reliquats les plus manifestes liés à nos croyances chrétiennes abandonnées sont, outre l’habitude de se soûler en fin d’année, un culte et une valorisation maladive de la pauvreté et de la médiocrité et une prédisposition négative envers la richesse et de la réussite. Il faut dire que la Commission Charbonneau, l’UPAC et l’escouade Marteau ont eu pour effet de conforter ces travers et préjugés.

Malgré, l’étalage public de la corruption, de la concussion, et des liens avec la mafia du gouvernement libéral et de diverses administrations municipales aux mains de libéraux notoires, un important segment de l’élection a presque réussi à le reporter au pouvoir. Les résultats du 4 septembre dernier sont à se décourager d’être Québécois. La coalition libéralo-mafieuse, en plus de faire l’unanimité dans les circonscriptions anglo-ethniques, a pu compter sur de solides appuis dans toutes les régions du Québec.

La corruption est une constante de notre histoire politique que, malheureusement, n’avons pas encore réussi à évacuer. Pensez-y. Si Gilles Vaillancourt se présentait de nouveau à Laval, il aurait de bonnes chances d’être élu. Tout comme Tony Tomassi dans son comté.

Si les libéraux corrompus ont failli conserver le pouvoir, c’est en bonne partie à cause du grand boycottage étudiant du printemps où des rejetons de la petite bourgeoisie se sont déguisés en révolutionnaire. C’était particulièrement hilarant de voir de vieux gauchistes les appuyer dans leur défense leurs intérêts de classe: faire payer leurs études par la société au détriment des autres groupes sociaux moins mobilisables et donc moins influents politiquement.

Le PQ s’est malheureusement associé à cette mascarade grotesque. Il en paie un terrible prix politique: un gouvernement minoritaire.

Est-ce qu’un jour on verra les mêmes foules enthousiastes et déterminées descendre dans la rue pour défendre des revendications nationales du Québec? Ni pensez même pas.

Le PQ réussira-t-il à se faire réélire avec une majorité et des appuis suffisants pour lui permettre de mettre en branle les démarches pour réaliser l’article premier de son programme? En cette fin de l’année 2012, il y a lieu d’être pessimiste.

Côté positif. La commission Charbonneau va se pencher dans l’année qui vient sur les liens entre le Parti libéral du Québec, la Mafia, la FTQ et la construction. Les révélations seront-elles suffisantes pour troubler ceux qui votent encore pour ce bac à détritus qu’est le PLQ? Personnellement j’en doute.

Côté négatif. La dénatalité et le vieillissement de la population de souche transforment inexorablement le portrait démographique du Québec. Les vieux et les nouveaux arrivants veulent la paix, pas le changement, pas de bouleversements politiques. En plus, les vieux sont timorés. La destruction imméritée du Bloc Québécois aux élections fédérales de 2011 et la minceur de la victoire du PQ cette année en sont des manifestations évidentes.

Le Québec en cette fin d'année 2012 donne l’impression d’une société en voie d’effritement tranquille. D’une collectivité grisonnante essoufflée, assez satisfaite d’elle-même dans son aisance relative et totalement apathique face à son avenir en tant que nation.

«Le confort et l’indifférence» pour reprendre le titre du grand documentaire acerbe de Denis Arcand encore si vrai dans la description de ce que nous sommes. Il faudrait presque un miracle pour que la situation se renverse. Je ne vois pas en 2013 une annus mirabilis.