Les médecins sont-ils trop payés?

On doit encourager le passage d'une rémunération exclusivement à l'acte vers des modes hybrides plus performants. …Les médecins québécois sont plus nombreux et mieux payés… mais ils en font moins qu’il y a cinq ans. Eh oui! Les mêmes qui demandent, année après année, des augmentations salariales qui dépassent largement la moyenne des autres travailleurs, menaçant de s’exiler s’ils ne les obtiennent pas.

C’est le professeur Damien Contandriopoulos, de la Faculté des Sciences infirmières de l’Université de Montréal, qui a dévoilé ces faits troublants à partir de données de la Régie de l’assurance maladie du Québec.

Ainsi, il y a 500 médecins de plus qu’il y a cinq ans au Québec, et l’ensemble de la profession gagne 35% de plus. Mais leur nombre total d’interventions diminue en chiffres absolus: 7% de moins en 2011! Collectivement, les Québécois ont payé plus pour en avoir moins, écrit M. Contandriopoulos dans un quotidien ce week-end.

Comment cela est-il possible ?
 
Nos médecins font ce que n’importe qui ferait, a-t-il expliqué en entrevue à Radio-Canada. Ils se disent qu’en travaillant un peu moins, ils peuvent obtenir des revenus identiques à ceux qu’ils avaient. Par exemple, si leur rémunération à l’acte est passée de 100$ à 150$, au lieu de voir 30 patients, 20 seront suffisants pour obtenir le même salaire… et plus de temps, une denrée rare de nos jours. D’autant plus que la profession se féminise, et que les femmes s’acquittent encore de la grande majorité des tâches ménagères…

En entrevue à Radio-Canada, le Dr Louis Godin, président de la Fédération des omnipraticiens, a répliqué que les médecins travaillent tout autant qu’avant, mais que la population vieillit, de sorte que les visites en cabinet se rallongent…  Achetez-vous ça?

Dix fois le revenu moyen

Les Québécois adorent leurs médecins et les respectent, comme le confirment tous les sondages à ce sujet. Sauf qu’ils commencent à trouver que ça charrie un peu dans les officines de leurs syndicats, qui demandent toujours plus, comme si le trésor public était élastique pour eux, et seulement pour eux.

Damien Contandriopoulos. (Radio-Canada)Le budget de la santé vient d’atteindre 5 milliards de dollars… Là-dessus, les salaires bouffent une part démesurée. Damien Contandriopoulos constate que le revenu moyen par habitant au Québec était en 2004-2005 de 28 595 $, tandis que ceux des médecins travaillant à plein temps étaient de 168 148 $ pour les omnipraticiens et de 272 642 $ pour les spécialités chirurgicales. On s'approche ainsi d'un facteur de 10 entre le revenu moyen de l'ensemble de la population et celui des spécialistes, écrit le chercheur.

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Depuis, les médecins, particulièrement les spécialistes, ont obtenu des augmentations significatives de salaires. Et pas les autres Québécois. «Les médecins sont-ils trop payés?», demande le chercheur. Selon lui, ni les longues études ni les difficultés inhérentes à leur profession ne peuvent expliquer une telle différence.

Je suis plutôt d’accord. J’ai toujours trouvé que les médecins avaient un job difficile, exigeant, stressant - quoique les disparités entre les différentes spécialités sont grandes. Il est question de santé, de vie… et de mort. Mais cela ne justifie pas leur salaire devenu, il faut bien le dire, exorbitant. On ne peut même plus invoquer la pénurie de main-d’œuvre. Selon des données de Statistique Canada, le Québec compte plus de médecins par 100 000 habitants que la moyenne canadienne et ce, depuis le milieu des années 90.

La solution? Les médecins, dépassés par le vieillissement de la population, aux dires du Dr Godin, doivent déléguer certains actes aux infirmières praticiennes spécialisées en première ligne, croit M. Contandriopoulos. Et on doit encourager le passage d'une rémunération exclusivement à l'acte vers des modes hybrides plus performants.

Cette étude survient alors les omnipraticiens multiplient les pubs destinées à les revaloriser aux yeux de l’opinion publique… et à inciter le gouvernement à augmenter leur salaire. «En tout lieu, le médecin de famille, l’allié de votre santé», dit le slogan de leur dernière campagne, sous des images d’un médecin compatissant en train de soigner un malade…

On veut bien. Mais encore faut-il que nos «alliés» soient accessibles dans des délais sensés et ne dévalisent pas le trésor public. Il ne faut pas nous prendre pour des valises non plus…