Des droits de scolarité variables, svp!

Pierre Duchesne a rejeté l'idée de gratuité. (Presse Canadienne)Pierre Duchesne, le ministre de l’Éducation supérieure, a dit qu’il n’était pas question que Québec s’engage dans la voie de la gratuité totale à l’Université. Une déclaration qui a le mérite de couper court à cette nouvelle idée quelque peu utopique dans le contexte économique actuel.
 
Mais alors que le débat sur les droits de scolarité va se rouvrir en février avec ce Sommet sur l’Éducation supérieure, de plus en plus de voix politiques appuient ce qui est, selon moi, le gros bon sens: les droits de scolarité variables, soit payer selon son champ d’études.

Le chef de la CAQ, François Legault, dit appuyer l’idée. Il y a deux semaines, c’étaient les trois candidats à la course à la chefferie du Parti Libéral du Québec. Au cours d’un débat, l'ex-ministre des Finances, Raymond Bachand a proposé cette idée de droits de scolarité modulés. Philippe Couillard et Pierre Moreau s’y sont ralliés.

Dommage que lorsqu’ils étaient au pouvoir, et ils y ont été longtemps, les Libéraux ne l’ont pas suggérée…

«Une espèce d’intégrisme»

Les droits de scolarité variables, c’est faire en sorte que les étudiants payent une proportion juste du coût réel de leurs études. Ainsi, un étudiant en philosophie débourserait moins cher qu’aujourd’hui pour fréquenter l’université, mais à l’inverse, un étudiant en médecine dentaire ou en génie payerait sans doute le double, voire le triple.

C’est ce qui se passe dans la très grande majorité des universités nord-américaines, européennes, australiennes… Mais pas québécoises. Cette idée, qui n’est pas nouvelle, a toujours été rejetée du revers de la main par le gouvernement. Elle va à l’encontre de notre sacro-sainte conception de «l’égalité».

Mais l’inégalité, c’est ce qui se passe actuellement.

En ce moment, tous les étudiants payent plus ou moins 2168 $ par année, quel que soit le coût de leur formation. Résultat: un étudiant en histoire paie 40% de sa formation et un étudiant en médecine vétérinaire, 5%... avec de futurs revenus qui n’ont aucun rapport!

«Il y a une espèce d'intégrisme... Ça n'a pas de bon sens. Quand j'en parle à mes collègues des autres provinces, ils rient de moi», a dit le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, qui a fait la promotion de cette option devant les députés libéraux réunis en caucus la semaine dernière.
Il y a effectivement de quoi rire. À gorge déployée.

Corriger la vraie injustice

François Legault a fixé cette «modulation»: entre 15% et 20% de la facture devrait être assumée par l’étudiant. «Certaines facultés, par exemple en sciences humaines, auraient une diminution des frais de scolarité, dit-il, et d'autres facultés, comme la médecine, auraient une augmentation.»

Mais évidemment, ces droits variables dérogent avec notre idée de «l’universalité» des services. On entendra: mais comment un étudiant issu d’un milieu pauvre pourra se payer des études de médecine ?

François Legault. (Presse Canadienne)Et bien, il y a quelque chose qui s’appelle les prêts et bourses et qui devra combler cette hausse. François Legault proposait un remboursement proportionnel au revenu, une idée avancée par plusieurs depuis longtemps. Par ailleurs, sachez que les banques se jettent littéralement sur les étudiants en médecine et leur offrent des prêts dès leur première année, car elles savent qu’ils gagneront plus de 100 000$ à 28 ans. Plusieurs en profitent pour investir dans un premier condo…

Et il y a cette réalité, constatée par le recteur Guy Breton: c'est une illusion de croire que la situation actuelle avantage les classes défavorisées, a-t-il dit. La majorité des étudiants dans des domaines comme la médecine proviennent de milieux aisés. Il le voit bien lorsqu’il remet les 285 diplômes de médecine chaque année. «Pour la moitié des étudiants, leurs parents sont des médecins, des ingénieurs, des industriels... Si on voulait rendre ça accessible à tout le monde, on s'est trompé», a-t-il soutenu.

Et oui. Mais il est temps de corriger l’injustice pendant ce Sommet sur l’éducation supérieure. Mais parions que cette proposition sera vite mise sous le tapis. On s’en va vers une indexation au coût de la vie… la même pour tous.