Barack Obama: un an pour faire l'Histoire

Barack Obama, lors de son discours d'assermentation. (Reuters)En visionnant Django déchaîné, le délirant dernier long-métrage de Quentin Tarantino, j’ai eu une pensée pour le président américain, Barack Obama.

Ce western-spaghetti se déroule quelques années avant le début de la guerre de sécession américaine, et raconte l’histoire d’un esclave noir fraîchement affranchi - et de manière non orthodoxe. Dire qu’il est en lutte contre les préjugés serait ici un euphémisme… Il lutte pour sa survie, point. C’était comme ça pour les noirs, à l’époque.

Bref, je me disais, il n’a quand même fallu que quelques décennies à ce peuple pour passer de cet odieux esclavagisme à l’élection - puis la réélection - d’un président noir à la Maison-Blanche.

Puis hier, je regardais Obama se faire assermenter pour son second mandat, devant une foule frileuse (il faisait 2 degrés à Washington), mais encore nombreuse, malgré un premier mandat en demi-teinte. Je l’entendais parler de droits des homosexuels, de contrôle d’armes à feu, de réchauffement climatique, d’égalité des chances pour tous, de cette décennie de guerre qui prend fin et de ces promesses d’embellies économiques, et je me suis demandée si, justement, l’Histoire allait retenir autre chose du 44e président américain que la couleur révolutionnaire de sa peau.

C’est aussi la question que se pose l’hebdomadaire The Economist, avec une photo en une de Barack Obama se cravatant devant un miroir: How will history see me? Comment l’Histoire me jugera-t-elle?

Réponse dans un an.

Budget, budget, budget

Barack Obama a déjà sa place dans l’Histoire, dit Frédérick Gagnon, le directeur de l’Observatoire sur les États-Unis, à l’UQAM.

Il est celui qui a trouvé et fait tuer Oussama Ben Laden, un geste qui a été (quasi) unanimement salué comme la bonne chose à faire et a brisé son image de gars tergiversant avant de passer à l’action.
Il a aussi réalisé ce qu’aucun autre président n’a pu faire avant lui, soit réformer l’assurance-santé et permettre à des millions d’Américains laissés plus ou moins en rade d’avoir accès à des soins de santé.

Sa réélection lui donne quatre ans pour véritablement l’implanter - notamment à partir de 2014 - et lorsque, tôt ou tard, les Républicains reprendront le pouvoir, il leur sera beaucoup plus difficile de l’amender.

«Ces quatre années avant la prochaine élection présidentielle vont tempérer les ardeurs des Républicains», dit M. Gagnon. Qui restent, rappelons-le, majoritaires à la Chambre des représentants.

Mais ce très long combat lui a fait négliger d’autres dossiers de politique intérieure, comme l’immigration, par exemple, où il ne s’est strictement rien passé. Et surtout, selon The Economist, ce qui reste à réaliser afin qu’Obama accède au titre de «grand président» face à l’éternel: l’équilibre budgétaire de la plus grande puissance économique mondiale… du moins jusqu’à ce que la Chine ne lui retire ce titre, quelque part en 2017.

Le dernier mélodrame du 1er janvier n’est que le prélude à une année chargée pour ramener les États-Unis à cet essentiel équilibre budgétaire. Et ça sera très difficile.

«Le budget est la priorité du mandat de Barack Obama, dit Frédérick Gagnon. Il y a de l’inquiétude partout dans le monde à ce sujet. Tous s’interrogent sur les conséquences de ce déficit. La vision d’Obama, c’est de dire que l’économie est encore fragile, et qu’on ne peut pas réduire les dépenses autant qu’on le voudrait. Les Républicains n’ont pas les mêmes vues.»

Pour nous, Canadiens, la bonne santé économique de nos voisins est primordiale puisque 73% de nos biens sont exportés vers les États-Unis.

Et Barack Obama a beau commencer un nouveau mandat, il n’a que très peu de temps devant lui: une année. Idem pour le contrôle des armes à feu ou les réformes à l’immigration. «En 2014, ce sera les élections de mi-mandat», dit Frédérick Gagnon. Le tiers du Sénat et la moitié de la Chambre des représentants sont en élection. 

Un an, donc. C’est beaucoup plus long, et beaucoup moins spectaculaire, que Django déchaîné. Mais c’est ce qui déterminera, entre autres, la place de Barack Obama dans l’Histoire.