Un an après les événements de la nuit du 15 au 16 juin 2011, des acteurs qui ont vécu les événements de près témoignent tous d'un point de rupture, au cours duquel le centre-ville s'est embrasé.
Jusqu'à maintenant, les procureurs de la Couronne ont approuvé 276 chefs d'accusation à l'endroit de 104 personnes soupçonnées de délits durant les émeutes qui ont suivi la défaite des Canucks contre les Bruins de Boston, au septième match de finale de la Ligue nationale de hockey.
Pour sa part, la police de Vancouver, estime qu'à terme, elle aura recommandé plus de 900 accusations criminelles contre 300 personnes en lien avec les émeutes.
Selon l'agent de la police de Vancouver, Erik Kerasiotis, tous les éléments nécessaires à la gravité de l'émeute étaient détectables, rien qu'en observant la taille et la nervosité de la foule assemblée dans le centre-ville, la présence de jeunes hommes en grand nombre et la consommation d'alcool.
L'agente Kerasiotis raconte que la tension se serait installée « aussitôt que le match s'est terminé » et se serait envenimée avec la formation de poches de personnes sans cesse croissante.
Quand le service de police de Vancouver a finalement décidé de recourir au gaz lacrymogène, le travail des agents s'est compliqué par la présence de curieux parmi la foule, qui empêchaient les policiers d'extirper les agitateurs pour ne pas asperger des innocents.
« Je crois qu'à Vancouver, c'était une telle anomalie [l'émeute], que tout le monde voulait en être, prendre des photos et pouvoir dire qu'ils y étaient », estime l'agent.
Il a dû demeurer en congé de maladie durant trois semaines et a souffert de maux de tête jusqu'à six mois après qu'un émeutier non identifié lui ait lancé une pierre de la taille d'une balle de baseball à la nuque.
À l'hôpital St Paul de Vancouver, des mesures appliquées notamment pour contenir les patients qui avaient été aspergés de gaz lacrymogène ont porté des fruits.
Le directeur des opérations d'urgences, David Brown, indique que l'établissement a déployé des agents de sécurité pour maîtriser l'afflux de personnes qui déferleraient après avoir été aspergées.
L'objectif, expose-t-il, était d'empêcher la contamination des patients ayant des problèmes respiratoires par ceux qui ont été aspergés par la police.
Pour sa part, l'infirmière clinicienne Christina Graham parle d'une nuit incroyablement occupée, durant laquelle l'hôpital a reçu des curieux devenus victimes uniquement parce qu'ils avaient été au mauvais endroit au mauvais moment, et où des employés venus en renfort devaient eux-mêmes éviter les projectiles.
Alors que l'urgence de l'hôpital accueille normalement environ 240 personnes en 24 heures, elle a été investie par 147 patients en 2 heures, la nuit de l'émeute.
Les blessures traitées allaient de poumons affaissés, à des fractures diverses, en passant par des blessures à la tête.
« [Le fait de] voir les visages des gens que j'ai reçus comme patients durant la nuit puis de voir les gens être blessés [à la télévision, le lendemain] a rendu la chose plus réelle », témoigne l'infirmière.
Le Cherry Bomb T-Shirt, une boutique de maillots imprimés sur la rue Granville, a miraculeusement survécu aux actes de vandalisme alors que tout autour de lui, les commerces ont été pris à partie par les émeutiers.
Son gérant, Corby Holmes, raconte que la police a fait irruption dans son commerce vers 19 h 30 ce mercredi-là pour le prévenir « qu'il y avait davantage de cinglés dehors qu'il y avait d'agents », et qu'il devrait probablement verrouiller l'accès à sa boutique.
M. Holmes a alors décidé de se terrer dans son magasin avec ses employés jusqu'à ce que les rues semblent sûres.
Après les événements, l'Association de développement commercial du centre-ville a demandé au gérant de produire une série de chandails « VanLover », afin de rassurer la clientèle que le centre-ville était sécuritaire.
Selon M. Holmes, les ventes ont ensuite décuplé pour la boutique de chandails, où, un an après, certains viennent encore acheter les maillots affichant « Les vrais supporteurs ne font pas l'émeute ».


