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    Tractations à deux jours du sommet européen

    Les ministres des Finances des quatre principales économies de la zone euro discutent à Paris mardi soir pour préparer le sommet européen, les 28 et 29 juin, où ils tenteront de trouver des solutions à la crise qui secoue l'Europe.

    « C'est un sommet qui n'est pas un sommet banal », a souligné le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici, qui reçoit mardi ses homologues allemand, italien et espagnol. « On attend des Européens qu'ils donnent enfin des solutions structurelles, et c'est ce qu'ils sont en train de chercher », a-t-il ajouté.

    Les marchés restent toutefois sceptiques. Les bourses européennes, qui ont ouvert avec de légers gains mardi, ont terminé en territoire négatif, au lendemain de reculs marqués, qui ont dépassé les 3 % pour le Bourse de Madrid.

    Dans une feuille de route préparée pour le sommet européen à Bruxelles, l'idée de créer des obligations européennes refait surface. « Dans une perspective de moyen terme, l'émission de dette commune pourrait être explorée comme un élément d'une union budgétaire », peut-on lire.

    Ce document a été préparé par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le président du Conseil européen, Herman van Rompuy, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, et le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Ils ont été mandatés pour trouver des moyens de renforcer l'intégration en Europe comme solution à la crise de la dette qui engourdit le continent depuis décembre 2009.

    Toutefois, l'Allemagne, la première économie d'Europe, se montre toujours réfractaire à l'idée de mutualisation de la dette.

    L'Europe ne partagera pas totalement la responsabilité de la dette « aussi longtemps que je vivrai », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel mardi lors d'une réunion avec ses partenaires du parti libéral FDP, membre de la coalition au pouvoir en Allemagne.

    Des euros obligations

    Ces éventuels titres de dette seraient garantis par l'ensemble des pays membres de la zone euro. Les risques seraient mutualisés entre les pays et les disparités entre les taux d'emprunt, qui atteignent des niveaux inégalés, supprimées. Pour des pays comme l'Allemagne, cela voudrait dire risquer son crédit pour permettre à des pays comme l'Italie ou l'Espagne de financer leur dette à plus faibles coûts.

    Des défis de taille

    Un premier chantier sera de dessiner dès cette fin de semaine les contours d'une union bancaire à 27 qui reposerait sur une supervision renforcée, une mise en commun de la garantie des dépôts et un mécanisme commun de résolution des crises.

    L'objectif est de « réduire le coût des faillites bancaires pour les contribuables européens », indique la feuille de route, et de casser la courroie de transmission entre crise bancaire et crise de la dette.

    Les responsables européens proposent de faire du Mécanisme européen de stabilité (MES), qui doit entrer en vigueur début juillet, un filet de sécurité adossé au mécanisme de résolution des crises.

    En filigrane, ils suggèrent d'utiliser cet instrument pour recapitaliser les banques, comme le demande Madrid. Toutefois, Berlin s'y refuse.

    À plus long terme, les responsables européens proposent de renforcer le cadre budgétaire, notamment le contrôle des budgets nationaux, en donnant plus de pouvoir aux instances de la zone euro.

    Ce projet pourrait nécessiter un changement au traité européen, selon le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.

    « Cette crise est la plus grande menace que nous ayons connue depuis la construction européenne il y a 60 ans. Face à cette réalité, l'immobilisme n'est pas de mise. Il faut faire un grand pas en avant », a-t-il déclaré mardi devant un centre de réflexion à Bruxelles.

    Synonyme d'abandon de souveraineté, cette idée risque de faire grincer des dents, même si elle devrait satisfaire Berlin qui souhaite plus de discipline budgétaire avant d'envisager toute concession en terme de solidarité.

    Sur le plan pratique, une instance au niveau de la zone euro serait en position d'exiger des modifications des budgets s'ils sont en violation des règles budgétaires, indique la feuille de route, qui n'exclut pas à terme la mise en place d'un Trésor pour la zone euro, avec un budget centralisé.

    Le chef du gouvernement italien Mario Monti s'est dit « prêt à travailler jusqu'à dimanche soir si nécessaire » avec ses collègues lors du sommet européen pour mettre sur la table « un paquet pour la croissance » et « une vision pour l'avenir de l'intégration européenne ».

    Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters