Une vidéo mise en ligne sur YouTube montrant des rebelles armés exécuter quatre personnes dans la rue à Alep a soulevé une vague d'indignation au sein même de l'opposition syrienne, qui, tout en reconnaissant les faits, a promis que des gestes pareils ne se reproduiront plus.
Les personnes exécutées ne sont pas des soldats de l'armée régulière, mais des membres du puissant clan Berri d'Alep, qui soutient le régime de Bachar Al-Assad en recrutant les miliciens « Chabihas ».
L'Armée syrienne libre (ASL) a expliqué au journal britannique The Guardian qu'un accord avait été négocié avec le clan Berri, selon lequel le clan ne devait pas intervenir dans les combats entre les rebelles et l'armée. Mais lors de l'assaut d'un commissariat, les miliciens ont tué une quinzaine de membres de l'ASL.
Cette action de l'ASL a obligé le commandant rebelle Abderrezak Tal à mettre une intervention sur YouTube, où il a promis que ses troupes allaient respecter les conventions internationales.
Nadim Houry, directeur adjoint de l'antenne Moyen-Orient de Human Rights Watch, a affirmé qu'il s'agit d'un « crime de guerre » et invoque l'article 3 de la Convention de Genève, qui indique que des prisonniers « ne peuvent pas être exécutés sans procès en bonne et due forme ».
Un militant de l'opposition d'Alep, cité par la chaîne France 24, affirme que « l'opposition a sa propre justice, ses propres tribunaux. Des gens très proches du régime, comme Berri, qui ont du sang sur les mains figurent depuis longtemps sur la liste des condamnés. L'ASL ne tue pas des innocents. Nous ne croyons en aucune justice internationale »
De son côté, un membre du réseau Shaam News Network, chargé de filmer et de mettre en ligne des vidéos du conflit syrien, et qui a assisté à l'exécution, a qualifié la scène d'« horrible ». Mais il a reconnu comprendre la réaction des soldats de l'ASL. « Les pertes qu'ils ont subies les ont aveuglés », a-t-il déclaré à France 24.
Sur le plan politique, le journal Al-Quds Al-Arabi a rapporté que le général Riad Al-Assaad, de l'Armée syrienne libre, qui se trouve en Turquie, a sévèrement critiqué la décision de la direction intérieure de l'ASL de former un gouvernement provisoire. Selon lui, cette initiative contribuera à « faire revivre » le régime de Bachar Al-Assad.
Le général Al-Assaad s'en est pris également au Conseil national syrien (CNS) qu'il accuse de ne pas fournir de munitions et de matériel à l'ASL.
« Où va l'aide étrangère ? », s'est-il interrogé ?
Les rebelles syriens ont ouvert un nouveau front jeudi à Alep, en attaquant la base militaire aérienne de Menakh, située à 35 kilomètres au nord de la ville.
Selon plusieurs sources, les rebelles ont attaqué cette base, d'où décolleraient des avions et des hélicoptères qui bombardent les positions des insurgés, à l'aide d'un char qu'ils ont pris aux militaires lors d'une précédente bataille.
« Nous avons attaqué l'aéroport à plusieurs reprises, mais nous avons décidé de nous retirer à cette heure », a déclaré Abou Ali, un combattant rebelle.
En même temps, l'armée régulière poursuit son pilonnage du quartier Salaheddine, dans le sud-ouest d'Alep, avec des chars et de l'artillerie.
La télévision d'État a déclaré mercredi que l'armée poursuivait les derniers « terroristes » restants dans un quartier d'Alep et qu'elle en avait tué plusieurs, dont des combattants arabes étrangers.
À Damas, des témoins ont rapporté qu'un assaut de l'armée à Jdeidet Artouz, un quartier du sud-ouest de la capitale, a fait 35 morts.
« Les chars et les soldats sont partis vers 16 h. Lorsqu'on a pu sortir dans les rues, on a trouvé les corps d'au moins 35 hommes », a déclaré un habitant, joint par Reuters au téléphone. « La quasi-totalité d'entre eux ont été tués d'une balle au visage, dans la tête ou dans le cou dans des maisons, des jardins et des caves », a-t-il ajouté.
Le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe a annoncé sa démission jeudi
Par ailleurs, Al-Jazira rapporte sur son site qu'un accrochage violent a eu lieu à la frontière jordanienne entre les armées syrienne et jordanienne dans la nuit de mercredi. Selon un témoin, cité par le site, des mouvements inhabituels de troupes ont eu lieu mercredi des deux côtés de la frontière.
Les réfugiés syriens utilisent habituellement cette frontière, dans la région de Deraa, pour se rendre en Jordanie.
L'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui se fonde sur une étude réalisée par les Nations unies et le régime syrien, a annoncé jeudi que 3 millions de Syriens ont un besoin urgent de nourriture.
Sur ces 3 millions de personnes, la moitié nécessite une aide alimentaire immédiate et urgente dans les 3 à 6 prochains mois, notamment dans les zones qui sont le théâtre d'âpres combats et de déplacements de population.
La FAO indique également qu'un autre million de personnes ont besoin d'assistance pour les cultures, le fourrage, les combustibles et la réparation des pompes d'irrigation.
La Syrie compte 22 millions d'habitants.
Radio-Canada.ca avec AFP, Reuters et Al Jazira


