Les autorités électorales mexicaines ont annoncé mercredi qu'elles recompteraient le contenu de plus de la moitié des urnes utilisées lors de l'élection présidentielle de dimanche, après avoir découvert des incohérences dans le décompte des voix.
À l'Institut électoral fédéral (IEF), on assure que ce nouveau comptage ne changera rien à l'issue du scrutin, remporté par Enrique Peña Nieto. Avec plus de 38 % des voix, le candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a laissé son plus proche rival 6,5 points derrière.
Invoquant des irrégularités, le candidat de gauche Andres Manuel Lopez Obrador, arrivé deuxième, avait qualifié mardi ce résultat de « frauduleux » et refusé de reconnaître sa défaite. Il a demandé le recomptage de tous les bulletins de vote, mais l'IEF a fait savoir mercredi que les conditions fixées par le code électoral de 2007 n'étaient réunies que dans un peu plus de la moitié des bureaux de vote.
En vertu de ce texte, un nouveau dépouillement peut être demandé lorsque moins d'un point sépare les deux candidats arrivés en tête ou quand des « incohérences » sont constatées.
Les résultats définitifs du scrutin sont attendus jeudi. Sur la base des résultats d'ores et déjà communiqués par les trois quarts des bureaux de vote, recomptage compris, Peña Nieto était crédité mercredi de 39,2 % des voix, soit neuf points de plus qu'Obrador.
À l'élection de 2006, ce dernier, ancien maire de Mexico, avait aussi demandé un recomptage des voix après avoir perdu de peu l'élection présidentielle remportée par Felipe Calderon. Refusant de reconnaître sa défaite, il avait organisé de grandes manifestations qui avaient paralysé une bonne partie de la capitale pendant plusieurs semaines.
La victoire, dimanche, d'Enrique Peña Nieto consacre le retour au pouvoir du PRI, qui a été aux affaires de 1929 à 2000.
Cohue au supermarché
Depuis le début de la semaine, des images montrent de nombreux clients qui se précipitent dans les supermarchés de la chaîne Soriana pour échanger des cartes-cadeaux.
Le Parti de l'action nationale du président sortant Felipe Calderon a accusé l'équipe de M. Peña Nieto d'avoir acheté environ 9500 cartes-cadeaux pour une valeur totale de 71 millions de pesos (5,4 millions de dollars CAN) afin de les distribuer aux électeurs.
Plusieurs clients ont déclaré à des journalistes qu'ils avaient dû remettre une photocopie de leur carte d'électeur pour obtenir une carte-cadeau prépayée, supposément offerte par le PRI.
Le PRI et la chaîne Soriana ont nié toute irrégularité électorale.
En vertu de la loi mexicaine, donner des cadeaux aux électeurs n'est pas un crime, sauf si le cadeau a pour objectif de conditionner ou d'influencer le vote. Les violations de ces règles sont habituellement punies par des amendes, mais ne sont généralement pas un motif suffisant pour annuler une élection.
Une annulation peu probable
Selon Jose Antonio Crespo, un chercheur du Centre d'investigations et d'enseignement économiques (CIDE), l'affaire des carte-cadeaux sera réutilisée par la gauche pour tenter d'obtenir une annulation de la présidentielle.
Selon lui, le recomptage des voix aura peu de conséquences. Le recomptage bulletin par bulletin « ne changera rien parce que la moyenne arithmétique des incohérences est de 1,5 % au maximum ». Or, on est face en 2012 à un écart de 6 %, soit plus de trois millions de voix.¨
Par ailleurs, les reproches adressés au PRI concernant des budgets de campagne supérieurs à ce qui est prévu peuvent mener à des amendes, mais pas à une annulation.
Selon M. Crespo, il faut en vertu de la loi démontrer que dans 25 % des bureaux de vote il y a un achat de votes aboutissant à modifier l'écart entre le premier et le deuxième. « Ça va être compliqué, » souligne-t-il.
Il est cependant probable que les contestations se poursuivent pendant deux mois, jusqu'à la proclamation officielle des résultats le 6 septembre prochain par le Tribunal fédéral électoral.
Radio-Canada.ca avec AFP, Associated Press et Reuters


