Les agents correctionnels recourent de plus en plus à la force dans les pénitenciers du pays, une situation qui s'explique en partie par la surpopulation carcérale et le profil des détenus, révèlent des documents de Service correctionnel Canada obtenus par CBC grâce à la Loi sur l'accès à l'information.
Les évènements où les gardiens de prison ont utilisé des moyens de contention, du gaz lacrymogène ou du poivre de Cayenne lors d'intervention auprès des détenus ont augmenté de 37 % en cinq ans, passant de 975 en 2007-2008 à 1339 en 2011-2012. Cette hausse atteint 113 % dans les Prairies.
En 2011-2012 :
- du gaz lacrymogène a été utilisé à 292 reprises, en hausse de plus de 200 % en cinq ans;
- du gaz poivré a été utilisé à 400 reprises, en hausse de 115 %;
- des armes à feu ont été utilisées à 32 reprises, en hausse de 25 % .
Au cours de cette même période de cinq ans, de plus en plus de prisonniers ont été contraints de partager leur cellule, révèlent les documents fournis par le gouvernement. La proportion de détenus qui sont dans cette situation est ainsi passée de 9,6 % à 17,4 % au pays, et de 11 % à 26 % pour la région des Prairies.
Selon Kevin Grabowski, représentant du Syndicat des agents correctionnels du pays dans les Prairies, la prolifération des gangs, la surpopulation et la diminution de programmes destinés aux détenus contribuent à créer un cocktail explosif dans les pénitenciers du Canada.
« Le recours à l'occupation double n'a jamais été une bonne affaire », note-t-il. « Maintenant, vous avez des gens qui ont des liens avec des gangs, qui ont des problèmes de gestion de la colère ou de violence... tout ce qui a fait en sorte qu'ils ont mérité un séjour à Services correctionnels Canada ».
« On les loge dans un tout petit espace et on leur dit de s'entendre », déplore M. Grabowski, qui dit ne pas voir le jour où la situation commencera à s'améliorer.
Selon lui, la situation actuelle crée, non seulement des problèmes de sécurité au travail, mais aussi de des problèmes de sécurité publique, puisque des détenus vivant dans ces conditions sont éventuellement remis en liberté.
Le Bureau de l'enquêteur correctionnel affirme lui-même qu'il y a un lien entre le manque d'espace et l'augmentation de la violence. La surpopulation, dit l'enquêteur Howard Sapers, crée toute une série de problèmes, dont celui du partage des cellules.
La secrétaire parlementaire du ministre canadien de la Justice, Kerry-Lynne Findlay, soutient pour sa part que le partage des cellules et la violence sont deux problèmes distincts. « Au Canada, nous n'y avons recours que lorsque c'est sécuritaire et approprié », a-t-elle affirmé dans le cadre de l'émission Power & Politics de CBC.
Selon elle, l'augmentation de la violence s'explique par le fait que les criminels sont plus violents qu'avant. « Nous attribuons cela à nos mesures de lutte contre le crime des six dernières années qui ont gardé des délinquants derrière les barreaux. [...] Mais ce que cela signifie pour le système correctionnel, c'est que nous avons plus de délinquants, plus de membres de gangs et, dans certains cas, plus de problèmes de santé mentale, et c'est pourquoi nous avons cette augmentation [de la violence]. »
Une porte-parole de Service correctionnel Canada, Sara Parkes, souligne pour sa part que l'augmentation de la population carcérale découlant des plus récentes mesures gouvernementales ne s'est pas encore concrétisée, mais que le ministère suit la situation de près.
Selon elle, le recours accru à la force s'explique aussi par le fait que la population carcérale actuelle est plus jeune qu'auparavant et plus susceptible d'être liée à des organisations criminelles ou d'avoir des problèmes de santé mentale.
La situation dans les prisons fédérales ne risque pas de s'améliorer de sitôt. Le gouvernement Harper a annoncé en avril que la prison Leclerc de Laval, le pénitencier de Kingston et un établissement psychiatrique qui y est associé fermeront leurs portes en 2014-2015.
Le gouvernement a aussi fait savoir qu'il n'a pas l'intention de construire d'autres établissements carcéraux.


