Les dernières données produites par l'accélérateur de particules Tevatron, situé dans l'État américain de l'Illinois, pointent fortement vers l'existence du boson de Higgs, chaînon manquant de la physique moderne, a annoncé lundi le laboratoire américain Fermilab.
Les chercheurs du Fermilab viennent de terminer l'analyse des données, des milliers de milliards de collisions à haute énergie entre des particules, qui ont été enregistrées au Tevatron, fermé à la fin de l'an dernier. Celui-ci était en fonction depuis 2001.
Les résultats du Tevatron indiquent que la particule de Higgs, si elle existe, a une masse qui se situe entre 115 et 135 gigaélectronvolts (GeV) ou 130 fois celle d'un proton (une particule qui fait partie du noyau des atomes).
Ces analyses ne règlent pas définitivement la question de l'existence du boson de Higgs, mais nous donnent quelques indices supplémentaires.
Selon les scientifiques du Fermilab, les indices observés dans les données du Tevatron donnent une chance sur 550 que ce signal détecté ne soit qu'une fluctuation statistique, ce qui est toutefois insuffisant pour confirmer une découverte qui requiert une chance d'erreur sur 3,5 millions.
La découverte de la célèbre particule, si elle est établie, dépend désormais du Grand collisionneur de hadrons (LHC) du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), à Genève, le plus puissant accélérateur de particules du monde, qui doit faire une annonce mercredi.
Depuis que le CERN a annoncé cette présentation, les spéculations vont bon train dans la communauté scientifique sur une annonce majeure.
« Nos données pointent fortement vers l'existence du boson de Higgs, mais il faudra les expériences du LHC en Europe pour confirmer une découverte », écrit Rob Roser, porte-parole du Fermilab dans un communiqué publié lundi sur le site internet du laboratoire.
Le boson de Higgs constitue l'ultime pièce du Modèle standard à n'avoir jamais été observée. Ce modèle, une théorie de la structure fondamentale de la matière élaborée dans les années 60, décrit en fait toutes les particules et forces dans l'Univers.
Le physicien britannique Peter Higgs avait postulé en 1964 l'existence de la particule à laquelle il a donné son nom.
Selon le modèle, le boson de Higgs explique pourquoi certaines particules disposent d'une masse et d'autres pas. Sa détection permettrait donc de valider cette théorie.
Si le boson de Higgs existe, les expériences menées avec le Grand collisionneur de hadrons permettront de le trouver bientôt. Sinon, son absence ouvrira la voie vers une nouvelle physique.
« C'est nettement pire que chercher une aiguille dans une botte de foin », a dit Joe Lykken, un physicien-théoricien au Fermilab, notant que le boson a une masse très élevée qui le rend très instable et le fait se dégrader rapidement.
« Je croise les doigts et retiens mon souffle » avant d'entendre le résultat des dernières expériences du CERN, a-t-il conclu.
« Nous savons exactement quel signal regarder dans nos données et nous voyons de fortes indications de la production et de la détérioration de bosons de Higgs dans une paire de quarks difficiles à observer au LHC et cela nous emballe énormément », a précisé Gregorio Bernardi, physicien du Laboratoire nucléaire et des hautes énergies à l'Université de Paris VI et VII dans le communiqué du Fermilab.
En décembre 2011, les derniers résultats des expériences Atlas et CMS menées au LHC resserraient considérablement « la fenêtre » où se trouverait le célèbre boson. Il se cacherait ainsi aux environs d'une masse de 125 GeV, où les deux expériences avaient observé un « excès de fluctuations » lors des collisions de protons dans l'accélérateur.
Radio-Canada.ca avec AFP et BBC


