En attendant de recevoir officiellement les rênes du pouvoir à la fin du mois, le nouveau président égyptien Mohamed Morsi s'attelle déjà à la formation de son équipe présidentielle et de son gouvernement, selon l'agence officielle Mena.
Au lendemain de l'annonce de sa victoire, le candidat des Frères musulmans s'est installé dans les bureaux qui étaient autrefois occupés par le président déchu Hosni Moubarak et s'est mis au travail sans attendre la cérémonie d'investiture, a indiqué une de ses porte-parole, lundi. « Il a déjà commencé à examiner une liste de noms. Il annoncera le nouveau gouvernement prochainement ».
Dans son premier discours de président élu, M. Morsi a promis d'être le président de « tous les Égyptiens, » en appelant à l'union nationale. « L'unité nationale est le seul moyen de sortir de ces temps difficiles », a-t-il dit, en faisant référence aux hommes et aux femmes, aux chrétiens comme aux musulmans.
Selon une source militaire, la passation de pouvoir exécutif entre le Conseil suprême des forces armées (CSFA) et M. Morsi devrait se tenir comme prévu d'ici la fin juin, sans plus de précisions. Le nouveau chef de l'État disposera toutefois d'une marge de manoeuvre très réduite face au Conseil militaire, qui conserve le pouvoir législatif depuis la dissolution du Parlement, contrôlé par les islamistes.
Malgré l'annonce des résultats, des manifestants continuent d'occuper la place Tahrir pour s'assurer que le régime militaire transfère bel et bien les pouvoirs aux civils.
Mohamed Morsi a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle avec 51,73 % des votes. Son adversaire, Ahmed Chafic, a obtenu 48,27 %.
Au lendemain de l'annonce de la victoire du candidat des Frères musulmans, la presse égyptienne a salué la victoire du « premier président civil » du pays. Le journal Al-Chourouq a titré pour sa part : « La révolution arrive au palais présidentiel ».
La Bourse du Caire a quant à elle clôturé sur une hausse lundi, la plus forte enregistrée depuis plus d'un an. « Un climat d'optimisme a régné sur le marché sur fond d'espoirs d'un retour de la stabilité politique et économique après l'annonce d'un nouveau président hier », a expliqué Walid Abdine, un analyste financier.
Pour les dirigeants et médias israéliens, « la paix froide » avec l'Égypte est entrée dans une zone de turbulences avec la victoire du candidat des Frères musulmans.
Israël appréhendait lundi une remise en cause du traité de paix avec l'Égypte, mais s'inquiétait d'abord de la dégradation de la situation à la frontière.
M. Morsi, tout juste proclamé élu dimanche, a promis de respecter les traités internationaux, sans autre précision, mais dans une déclaration qui lui ait attribué par l'agence iranienne Fars, il a déclaré que l'Égypte allait « réviser les accords de Camp David » qui ont établi la paix avec Israël.
La présidence égyptienne a ensuite nié que M. Morsi ait donné un entretien à Fars.
Selon Fars, le nouveau président égyptien a prôné un renforcement des relations entre l'Iran et l'Égypte, rompues depuis plus de 30 ans. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a d'ailleurs félicité le nouveau président égyptien, selon l'agence officielle Irna. De son côté, le Hezbollah chiite libanais, qui prône la lutte armée contre Israël, a félicité Mohamed Morsi pour son élection « historique » à la tête de l'Égypte, et a dit espérer que ce pays retrouverait son rôle de leader dans le monde arabo-musulman.
Aux États-Unis, le président américain Barack Obama a appelé M. Morsi pour l'assurer du soutien des États-Unis à la transition de l'Égypte vers la démocratie, jugeant « essentiel que le nouveau gouvernement continue à faire de l'Égypte un pilier de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région ».
Le chef du gouvernement italien Mario Monti a pour sa part appelé le nouveau président égyptien à poursuivre « la transition démocratique » dans son pays, dans « le plein respect des droits de l'Homme et des minorités religieuses », selon un communiqué.
Mohamed Morsi restera dans l'histoire comme l'homme qui a mené les Frères musulmans au sommet de l'État égyptien, 84 ans après la création de la confrérie par Hassan Al-Banna.
Le nouveau chef d'État a un point commun avec tous les présidents égyptiens. Il est comme eux un fils de paysans qui a gravi les échelons. Cependant, à la différence de ses prédécesseurs, il n'a pas fait carrière dans l'armée, mais dans les universités.
Âgé de 60 ans, Mohamed Morsi a obtenu son diplôme d'ingénieur à l'Université du Caire avant de poursuivre ses études en Californie, où il enseignera également. De retour au pays, il dirigera pendant 25 ans le département d'ingénierie de l'Université Zagazig, dans son delta du Nil natal.
Son adhésion à la confrérie des Frères musulmans remonte à 33 ans. De simple militant, il gravit les échelons pour devenir membre du « bureau de la guidance », l'instance suprême de la confrérie.
Tout comme les grandes figures de la confrérie et les simples militants, Mohamed Morsi a goûté à la médecine du régime égyptien et est passé par la case prison. Il a passé sept mois dans les geôles de l'ex-président Hosni Moubarak, alors qu'il était à la tête du groupe de députés des Frères musulmans.
Celui qui a été le candidat par défaut des Frères musulmans aura de nombreux défis à relever tant au niveau national qu'au niveau international. Il devra rassurer les différents courants politiques, dont la plupart l'ont soutenu du bout des lèvres, étant le candidat qui faisait face à un ancien du régime.
Sur le plan international, les regards seront braqués sur celui qui dirige le plus grand pays arabe. Quelles seront ses relations avec les Israéliens et les Palestiniens? Quelles seront ses relations avec les autres pays arabes et l'Occident?
Sur la question économique, il devra relancer la croissance et les investissements qui sont en berne depuis la révolte contre le président déchu.
Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters


