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    La Syrie viole ses engagements, soutient Kofi Annan

    Le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, condamne les « atrocités » commises dans le village syrien de Treimsa. Damas, dit-il, viole les engagements pris envers la communauté internationale.

    Selon des opposants au président Bachar Al-Asad, au moins 150 personnes ont été tuées jeudi dans cette localité de 10 000 habitants essentiellement sunnites de la province de Hama, dans le centre du pays.

    Treimsa aurait été attaqué par des chars et des hélicoptères, avant que des chabbiha, des miliciens alaouites, ne s'infiltrent dans la ville pour s'en prendre à des résidents. Ces informations ne peuvent être vérifiées de source indépendante, les journalistes n'étant pas admis dans le pays par le régime syrien.

    Dans un communiqué diffusé vendredi à Genève, Kofi Annan dit être choqué par « les combats intenses, le nombre important de victimes et la confirmation de l'utilisation d'armes lourdes comme l'artillerie, des chars et des hélicoptères ».

    Selon lui, il s'agit « d'une violation de l'engagement du gouvernement de cesser l'emploi d'armes lourdes dans les zones peuplées et de son engagement sur le plan en six points » que le président syrien Bachar Al-Assad avait convenu d'appliquer.

    Dans une lettre qu'il a adressée au Conseil de sécurité de l'ONU et que Reuters a pu consulter, M. Annan écrit : « Il nous est une nouvelle fois rappelé de manière tragique et macabre que les résolutions du Conseil continuent d'être ignorées ».

    Il demande aux membres du Conseil de mettre en garde la Syrie contre les conséquences que peuvent avoir ces violations. « C'est impératif et cela ne saurait être plus urgent à la lumière des événements en cours », argue-t-il.

    Des opposants syriens ont mis en ligne vendredi une vidéo montrant les corps ensanglantés d'une quinzaine de victimes retrouvés à Treimsa. Les hommes filmés portent des jeans et des t-shirts, à l'exception d'un homme habillé en tenue de camouflage. Certains portent des traces de blessures par balle au ventre. L'authenticité de cette vidéo est impossible à vérifier.

    Les observateurs de l'ONU prêts à se rendre sur place

    L'attaque du village de Treimsa constitue une prolongation des opérations des Forces aériennes arabes syriennes (FAAS) menées ces derniers jours de Khan Cheikhoune jusqu'à Sourane, estiment les observateurs de la Mission de supervision des Nations unies en Syrie (MISNUS), dans un rapport préliminaire obtenu par l'agence Reuters.

    « La situation dans la province de Hama continue d'être hautement volatile et imprévisible », peut-on lire dans le rapport. Les FAAS, disent les observateurs, « continuent de cibler à grande échelle des zones peuplées au nord de la ville de Hama ».

    Les observateurs de l'ONU n'ont pu se rendre à Treimsa et ne sont pas parvenus à entrer en contact avec le commandement militaire local. Une patrouille d'observateurs non armés s'est cependant approchée à 6 kilomètres de la ville et a été stoppée par les commandants de la FAAS, qui ont invoqué des « opérations militaires » en cours.

    La patrouille de l'ONU a observé pendant huit heures la situation de différents endroits autour de Treimsa et a entendu une centaine d'explosions ainsi que des tirs sporadiques d'armes légères et de mitrailleuses lourdes. Elle a aussi vu un hélicoptère Mi-8 et deux hélicoptères Mi-24 voler au-dessus de la ville et tirer des missiles air-sol.

    Les observateurs de l'ONU restent disposés à se rendre dans la localité de Treimsa, a fait savoir vendredi leur chef le général Robert Mood. « S'il y a une cessation crédible de la violence et un cessez-le-feu local, nous sommes prêts à envoyer une équipe plus importante pour vérifier les faits sur le terrain », a-t-il dit.

    Damas, le CNS et les Frères musulmans réagissent

    Les autorités syriennes rejettent la responsabilité du massacre de Treimsa. « Les médias assoiffés de sang en coopération avec les groupes terroristes armés ont commis un massacre à l'encontre des habitants du village de Treimsa dans la région de Hama pour tenter de mobiliser l'opinion publique contre la Syrie et son peuple et provoquer une intervention étrangère la veille de la réunion du Conseil de sécurité », écrit l'agence officielle Sana.

    « Arrêter cette folie meurtrière qui menace l'entité de la Syrie, la paix et la sécurité dans la région et dans le monde nécessite une résolution urgente et tranchante du Conseil de sécurité sous le chapitre VII, qui protège le peuple syrien », a indiqué le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition.

    Les Frères musulmans de Syrie, influents au sein du CNS, ont publié leur propre communiqué, dans lequel ils accusent le régime syrien et la communauté internationale.

    « Nous ne considérons pas le monstre Bachar comme seul responsable de l'effroyable crime [...] mais [aussi] Kofi Annan, les Russes et les Iraniens et tous les pays du monde qui prétendent être responsables de la protection de la paix et la stabilité dans le monde puis qui gardent le silence », peut-on lire dans le communiqué.

    Statu quo au Conseil de sécurité de l'ONU

    Kofi Annan avait annoncé au terme d'une visite à Damas plus tôt cette semaine que le président Al-Assad et lui avaient convenu d'une nouvelle « approche » pour mettre un terme aux violences qui ont déjà coûté la vie à plus de 10 000 personnes en 16 mois, selon l'ONU.

    Il s'est ensuite rendu en Iran et en Irak avant de revenir présenter les conclusions de sa mission aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies à New York.

    Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni préconisent l'adoption d'un projet de résolution invoquant le chapitre VII de la Charte de l'ONU. Il prévoirait l'imposition de sanctions si la Syrie ne cessait pas d'utiliser des armes lourdes dans des zones peuplées.

    La Russie, qui a déjà bloqué, avec la Chine, deux projets de résolution prévoyant l'application de sanctions, a cependant fait savoir qu'elle opposerait à nouveau son veto à toute résolution prévoyant des sanctions.

    Les articles-clé du Chapitre VII de la Charte de l'ONU

    Article 41 : Le Conseil de sécurité peut décider quelles mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à ses décisions, et peut inviter les membres des Nations unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques.

    Article 42 : Si le Conseil de sécurité estime que les mesures prévues à l'Article 41 seraient inadéquates ou qu'elles se sont révélées telles, il peut entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales. Cette action peut comprendre des démonstrations, des mesures de blocus et d'autres opérations exécutées par des forces aériennes, navales ou terrestres de membres des Nations unies.

    Kofi Annan doit se rendre à Moscou lundi prochain pour s'entretenir avec le président russe Vladimir Poutine et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

    Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters