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    Médias - Débat sur le conflit étudiant dans Le Monde

    Le conflit étudiant s'est étalé jeudi sur quatre pages du quotidien français Le Monde. Le journal a offert une tribune à des acteurs du conflit, dont le premier ministre Jean Charest et le co-porte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois.

    Sous le titre Une minorité boycotte les cours, M. Charest explique les raisons pour lesquelles il croit la hausse des droits de scolarité nécessaire. Il estime que « tout le monde doit faire sa juste part : l'État, les institutions d'enseignement, le secteur privé et les étudiants ».

    Le premier ministre répète que son gouvernement a bonifié le programme de prêts et bourses et a pris d'autres mesures pour tenter de régler le conflit, ajoutant que « certains leaders des associations étudiantes du Québec continuent de militer pour le gel des droits de scolarité. Pour protester, ils encouragent le boycottage des cours ».

    C'est dans ce contexte que la loi 78 a été adoptée, explique Jean Charest. Comme il l'a fait au Québec, il affirme que cette loi « vise à garantir l'accès à l'éducation, à permettre aux étudiants de suivre leurs cours en toute sécurité ».

    « Notre société a une longue tradition de débats tenus dans le respect des uns et des autres. C'est le Québec que je connais et celui que vous appréciez », conclut le chef libéral.

    Une « révolution culturelle » pour la CLASSE

    De son côté, le co-porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, estime que la hausse des droits de scolarité fait partie de la « révolution culturelle ».

    Selon lui, « la hausse des frais de scolarité s'inscrit dans une vague beaucoup plus large de mesures d'austérité néolibérale ».

    Décrivant les nombreuses manifestations qui ont eu lieu au Québec, le leader étudiant croit que « la colère accumulée contre le gouvernement Charest en plus de 10 ans se traduit enfin dans la rue ».

    « La vague de changement qui s'est ébranlée ne s'arrêtera pas de si tôt », affirme M. Nadeau-Dubois, assurant que « la jeunesse québécoise a accepté de jouer son rôle historique : défendre la justice sociale ».

    Deux camps

    Pour Normand Baillargeon, professeur en sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), « cette hausse s'en prend à ce qui est, au Québec, un acquis récent, précieux et qui demeure très fragile. Ce véritable trésor collectif est celui de l'accessibilité de l'éducation et des études supérieures ».

    Après un retour sur les différentes étapes de l'histoire de l'éducation au Québec, il explique que la grève « traduit la crainte que le retard dans la scolarisation universitaire des Québécois sera accentué par cette mesure [la hausse] ».

    M. Baillargeon croit que « le martèlement des casseroles [...]est révélateur de profondes tensions sociales depuis longtemps larvées et témoigne de l'affrontement entre deux visions antagonistes de l'éducation et de la société ».

    Selon lui, le vocabulaire utilisé illustre cet antagonisme entre les partisans de la hausse et ses opposants.

    Les partisans de la hausse disent que les étudiants « boycottent » leurs cours, refusant de s'acquitter de leurs « droits » de scolarité et de payer leur « juste part ». Pour les opposants à la hausse, il s'agit d'une « grève » menée au nom « du bien commun » et par laquelle on refuse de payer des « frais ».

    Normand Baillargeon croit que « cette crise laissera de profondes et peut-être douloureuses marques dans la société québécoise ».

    Entre grogne et ennui

    L'auteur-compositeur Richard Desjardins lie « les protestations étudiantes » à la protestation contre « la gestion de nos ressources naturelles ».

    Richard Desjardins écrit : « Au cours des dernières années, une succession d'irritantes anomalies, sans rapport entre elles, n'a eu de cesse d'alimenter la grogne populaire ». Il en veut pour exemple, entre autres, « la brutale incursion des promoteurs de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent » ou la poursuite de Barrick Gold contre Écosociété pour 11 millions de dollars et le retrait à la vente du livre Noir Canada.

    Prenant un autre angle, l'essayiste François Ricard croit que « ce conflit survient à un moment où le Québec est devenu une société ennuyeuse, dans laquelle il fait bon vivre, sans doute, mais que plus rien, aucun "projet", aucune cause commune ne mobilise ».

    L'essayiste estime que le Québec « n'a plus rien à offrir aux assoiffés d'idéal et aux ‘'lyriques'' nouveaux ou anciens ».

    Mais les « évènements des derniers mois [...] rendent un réveil possible », selon M. Ricard.

    Pour sa part, l'ancienne ministre et députée Louise Beaudoin croit déceler que sous « le bruit des casseroles » se trouve « la voix de l'indépendance ».

    Mme Beaudoin écrit : « Cette descente dans la rue est aussi une démonstration que le Québec n'est pas et ne sera jamais une "province" comme les autres ».

    Elle espère que « ce sursaut démocratique [...] porte en lui le germe d'une mobilisation durable et que cette volonté du peuple de changer les choses se manifestera lors des prochaines élections ».