« Séparez les banques à chartes des banques d'affaires », dit l'ex-PDG de Citigroup, Sandy Weill, faisant ainsi un revirement philosophique de 180 degrés.
Celui qui avait recommandé aux États-Unis d'abroger le Glass-Steagall Act, la loi qui instaurait la séparation entre les banques de dépôt et les banques d'investissement, appelle maintenant au démantèlement des grandes banques comme Citigroup pour scinder les activités de dépôt et de banque d'investissement.
Sandy Weill avait fait de la banque américaine Citigroup le numéro un mondial du secteur financier au début des années 2000. Chantre de la déréglementation à cette époque, il n'adhère plus à ses positions des d'antan. « Les temps ont changé », évalue l'homme de 79 ans.
Les dépôts des particuliers dans les banques sont garantis par le gouvernement, rappelle l'économiste et professeur aux HEC Montréal Maurice Marchon. Ainsi, lors de la crise financière de 2008, même si la crise était essentiellement due aux banques d'investissement, comme les entités financières n'étaient pas séparées, le gouvernement a dû intervenir pour empêcher leur faillite.
Sandy Weill propose de revenir en arrière, avant l'abrogation du Glass-Steagall Act. Il veut ainsi mettre fin à la logique « too big to fail » (trop grosse pour échouer), un concept qui renvoi à la situation d'une institution financière dont la faillite aurait des conséquences tellement désastreuses pour l'économie que leurs dirigeants savent que le gouvernement les sauvera inéluctable de la faillite si elles y sont acculées, même si elles ont pris des risques importants, explique Maurice Marchon.
Sur la chaîne financière CNBC, mercredi, M. Weill a estimé qu'il y a « une telle hostilité à l'égard du système bancaire parmi les régulateurs et la classe politique dans le monde entier - et cela ne va pas changer - que je pense qu'il faut probablement séparer la banque d'investissement de la banque de dépôt ».
« Je pense qu'il faut que les banques [de dépôt] prennent les dépôts et fassent des prêts commerciaux et immobiliers, qu'elles fassent des choses qui ne vont pas mettre en danger l'argent des contribuables et les dépôts, qu'elles ne soient pas trop grosses pour faire faillite, avec un endettement et un effet de levier mesuré », a-t-il précisé.
Il envisage qu'en parallèle, un système bancaire « créatif » puisse innover.
Sandy Weill avait fait de Citigroup un géant bancaire bâti à coup d'acquisitions et offrant toute sorte de services financiers, de l'assurance aux prêts immobiliers en passant par le courtage de dérivés sur les matières premières. Ses propos d'aujourd'hui représentent ainsi un revirement total sur la stratégie qu'il poursuivait lorsqu'il était à la tête de la banque.
Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters


