La droite est arrivée en tête des élections législatives qui se déroulaient dimanche en Grèce, dont l'issue pourrait décider de l'avenir du pays dans la zone euro.
Selon le décompte officiel du ministère de l'Intérieur, les conservateurs de Nouvelle démocratie et les socialistes du Pasok, qui soutiennent les mesures d'austérité imposées à Athènes par ses bailleurs de fonds, obtiennent une étroite majorité des 300 sièges que compte le Parlement.
Le mode de scrutin en Grèce réserve une prime de 50 élus au parti vainqueur des élections.
Résultats officiels selon le ministère de l'Intérieur:
Nouvelle démocratie (conservateurs) 29,66%; 129 sièges
Syriza (gauche radicale) 26,89%; 71 sièges
Pasok (socialistes) 12,28%; 33 sièges
Grecs indépendants (droite nationaliste) 7,51%; 20 sièges
Aube dorée (néonazi) 6,92%; 18 sièges
Gauche démocratique (Dimar) 6,25%; 17 sièges
KKE (communiste) 4,5%; 12 sièges
Le chef de la droite, Antonis Samaras, a lancé un appel à un «gouvernement d'union nationale» formé par tous les partis pro-euro. «Le pays n'a pas une minute à perdre», a-t-il lancé lors d'un point de presse au milieu de ses partisans.
Le chef de la gauche radicale opposée aux politiques d'austérité, Alexis Tsipras, a reconnu sa défaite, mais a refusé l'offre de participer à la coalition proposée par M. Samaras. «Nous serons présents en tant qu'opposition, nous représentons la majorité du peuple» contre le plan de l'Union européenne et du Fonds monétaire international, a déclaré le chef du Syriza.
De son côté, le chef du Pasok, le socialiste Evangélos Vénizélos, a estimé qu'un gouvernement «de responsabilité nationale» devait inclure autant la gauche radicale que modérée.
Rappelons que le dernier scrutin, le 6 mai, s'était soldé par un cul-de-sac politique, les partis ayant échoué dans leur tentative de former une coalition, après des résultats électoraux très partagés.
Incident à Athènes
Un incident a été rapporté dans le quartier Exarchia, au centre d'Athènes, alors qu'une urne électorale a été brûlée par un cocktail Molotov lancé par des gens cagoulés, peu avant la fermeture d'un bureau de vote, selon l'Agence France-Presse.
Tandis que les policiers attribuent l'attaque à des anarchistes, des sympathisants de la gauche radicale Syriza ont laissé entendre qu'elle pourrait avoir été perpétré par le parti néonazi Aube dorée. Le quartier Exarchia est reconnu comme étant bohème et contestataire.
Le plan de sauvetage financier au coeur du scrutin
L'élection de dimanche était perçue par une partie de la population grecque comme un référendum sur le plan de sauvetage financier imposé à Athènes par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). Ce plan s'est traduit par une hausse des impôts et des taxes, l'augmentation du chômage et une réduction parfois drastique des salaires.
Les électeurs grecs devaient essentiellement choisir entre deux camps: l'un, comprenant les partis Nouvelle démocratie et les socialistes du Pasok, favorables au plan d'austérité, et l'autre, incarné principalement par Syriza, qui y est farouchement opposé.
De ce fait, le choix des électeurs était jugé déterminant pour l'avenir de la Grèce, ainsi que pour ses relations avec l'Union européenne et les institutions financières.
D'ailleurs, la victoire des pro-euro a semblé rassurer les marchés asiatiques, qui ont ouvert en hausse lundi matin.
Un plan d'aide et d'austérité qui divise
En vertu d'un accord conclu début 2012, la Grèce doit bénéficier d'une aide de 130 milliards d'euros (168 milliards de dollars) de la part de l'Union européenne et du FMI, en contrepartie de la mise en application d'un plan d'austérité.
Pour l'instant, la zone euro a versé près de 50 milliards de dollars dans ce plan. Les versements sont conditionnels à des réformes auxquelles s'oppose la majorité des Grecs, dans un pays où le taux de chômage dépasse les 22%.
La chancelière allemande Angela Merkel a téléphoné à Antonis Samaras pour le féliciter, déclarant qu'elle «partait du principe que la Grèce allait respecter ses engagements européens».
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, tout en écartant des «changements substantiels aux engagements» de la Grèce, a toutefois ouvert la porte à une discussion sur les délais pour leur mise en oeuvre. Il a affirmé que les citoyens grecs ne devaient pas être les victimes de la paralysie politique, nombre d'entre eux ayant déjà dû «supporter des coupes drastiques».
«Nous sommes toujours prêts à [assumer] une solidarité en Europe. Mais ce que nous ne pouvons pas accepter, c'est que les engagements conclus soient considérés comme nuls, a-t-il cependant précisé. Il n'y a aucun chemin en dehors des réformes.»
Le collègue de M. Westerwelle aux Finances, Wolfgang Schaüble, a fait écho à cette inflexibilité sur les engagements d'austérité eux-mêmes. «Si les résultats préliminaires se confirment [...] le gouvernement fédéral allemand considérerait un tel résultat comme la décision des électeurs grecs de poursuivre la mise en oeuvre de réformes économiques et fiscales profondes dans le pays», a déclaré le ministre Schaüble avant la publication des données électorales finales.
Tout comme les ministres de la zone euro, les États-Unis ont appelé la Grèce à respecter ses engagements envers les réformes, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, ajoutant «qu'il est de notre intérêt à tous que la Grèce reste dans la zone euro».
Les forces en présence
- Antonis Samaras, Nouvelle démocratie (droite):
- Alexis Tsipras, Coalition de la gauche radicale (Syriza, extrême gauche):
- Evangélos Vénizélos, Parti socialiste (Pasok):
- Panos Kammenos, Grecs indépendants (droite nationaliste):
- Aleka Papariga, Parti communiste :
- Nikos Michaloliakos, Aube dorée (extrême droite):
- Fotis Kouvelis, Gauche démocratique (centre-gauche):
Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters







