Le gouvernement Charest oppose une fin de non-recevoir à l'invitation lancée par la Fédération étudiante collégiale (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) pour reprendre les négociations vendredi, à 14 h. Les deux fédérations souhaitaient inclure des membres de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) au sein de leurs équipes de négociations.
La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, dit que la délégation de son organisation comprendra deux membres de la CLASSE. Elle soutient que la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a choisi son négociateur et que son organisation a aussi le loisir de choisir qui la représente.
La FECQ et la FEUQ disent avoir prévenu le négociateur du gouvernement de leurs intentions. La réponse du gouvernement n'a pas encore été divulguée.
À l'Assemblée nationale, jeudi matin, le premier ministre Jean Charest et ses ministres de l'Éducation et de la Sécurité publique, Line Beauchamp et Robert Dutil, ont accusé la CLASSE d'être responsable des violences des derniers jours.
M. Charest et Mme Beauchamp ont cependant fait savoir qu'ils souhaitaient la reprise des discussions entreprises lundi avec les autres associations étudiantes qui ont pris part aux discussions depuis lundi, soit la FECQ, la FEUQ et la Table de concertation des étudiants (TACEQ).
Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a aussi profité de la conférence de presse pour faire valoir que les fédérations étudiantes déplorent les gestes de violence survenus au cours des derniers jours et ont invité la population étudiante au calme.
« On comprend que la tension est palpable. On comprend qu'il y a beaucoup de frustrations en ce moment dans l'air. Mais le meilleur moyen de faire passer notre message auprès de la population et de la ministre, c'est de rester pacifique », a dit le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin.
Martine Desjardins a par ailleurs volé au secours de la CLASSE et de son porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois. « Le gouvernement du Québec est en vendetta personnelle contre le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. On considère que ceci a assez duré. C'est un cirque. Il est temps que ça arrête », a-t-elle dit.
Mme Desjardins rappelle que M. Nadeau-Dubois ne fait pas partie du comité de négociations de la CLASSE. Ce comité, précise-t-elle, a d'ailleurs fait « du très bon boulot » dans le cadre des négociations et a négocié de façon respectueuse.
La présidente de la FEUQ soutient que les principales associations étudiantes du Québec font preuve d'une « solidarité exemplaire » dans leur lutte contre la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans à l'université, et que le gouvernement « devrait en prendre acte ».
La FECQ et la FEUQ maintiennent qu'ils veulent discuter des droits de scolarité avec le gouvernement. Selon Le Devoir, les négociateurs du gouvernement ont déjà signifié aux associations étudiantes qu'ils n'ont pas le mandat d'aborder ce sujet.
« On a l'impression que c'est un entêtement depuis le début. Ça devient pratiquement une question d'orgueil du gouvernement de ne pas reculer. On se demande honnêtement s'ils veulent régler la crise, parce que ça semble payant pour le gouvernement de laisser durer les choses, de laisser pourrir le conflit », a commenté Martine Desjardins.
Dans un autre point de presse que la CLASSE s'est sentie obligée de convoquer en réponse à ce qu'elle qualifie d'attaques personnelles contre le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois, le regroupement s'est dit prêt à accepter l'offre de la FEUQ.
La CLASSE exige cependant que cette participation soit entière et ne soit pas assortie de nouvelles conditions. Martine Desjardins avait déjà fait valoir plus tôt cette semaine que cela serait bel et bien le cas.
Sans toutefois lancer d'appel à une trêve des mouvements de protestation, Gabriel Nadeau-Dubois a répété la bonne foi de son mouvement.
Faisant spécifiquement référence aux mots durs du ministre Dutil, Gabriel Nadeau-Dubois parle d'un dérapage de la part de Québec dans ce dossier. « Certains élus ont proféré des attaques personnelles envers moi », a-t-il déploré.
Le gouvernement, ajoute-t-il, ne fait que multiplier les actions de diversion, de tentatives de division du mouvement étudiant, au lieu de reconnaître que 180 000 étudiants sont en grève et que le conflit est en passe de devenir une crise sociale.
« Cet enjeu ce n'est pas celui la CLASSE, ni de quelques manifestations, de gestes individuels. L'enjeu, c'est une hausse de 75 % des frais de scolarité », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois. Cette mesure, martèle encore le porte-parole, est injuste, antisociale, et va écarter des milliers de gens des universités.


