Le réalisateur et metteur en scène Danny Boyle n'a pas toujours côtoyé l'élite de la société britannique. En fait, plusieurs ont été étonnés lorsqu'ils ont appris que l'organisation des Jeux olympiques de Londres 2012 lui avait confié la direction de la cérémonie d'ouverture de vendredi soir.
Avant l'âge de 18 ans, Danny Boyle n'avait jamais mis les pieds dans un théâtre, selon ses dires.
Issu des classes populaires du nord de l'Angleterre, Boyle est né en 1956 à Radcliffe, en banlieue de Manchester.
Il entre dans le monde du théâtre sans diplôme, après avoir abandonné ses études universitaires en faculté d'anglais. Il rejoint d'abord la compagnie de théâtre londonienne Joint Stock Theatre Company, avant de devenir directeur artistique au Royal Court Theatre de Londres en 1982, tout en mettant en scène cinq productions pour la Royal Shakespeare Company.
Ce n'est qu'en 1987 qu'il se lance dans la réalisation, d'abord pour la télévision. Son premier long métrage, Shallow Grave (Petits meurtres entre amis), entre en salle en 1994. La comédie noire mettant en vedette Ewan McGregor devient un succès, tant en salles que dans les festivals.
Mais c'est le film culte Trainspotting, sorti en 1996, qui l'inscrit sur la liste des cinéastes du moment. Adapté du roman d'Irvine Welsh, Trainspotting plonge les spectateurs dans le monde de la drogue et de la dépression économique de l'Écosse des années 1990. À la fois déjantée, crue et humoristique, l'approche de Boyle contraste alors avec les adaptations à grand déploiement des classiques de la littérature anglaise et fait de lui une figure de proue du Nouveau cinéma britannique.
Après La plage (2000), 28 Days Later (2002), puis Sunshine (2007), les critiques estiment Boyle en perte de vitesse, jusqu'à la sortie de Slumdog Millionaire en 2008. Ce film à la fois dramatique et romantique qui raconte la vie d'un enfant des bidonvilles en Inde, lui vaut huit Oscars, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.
Il semble donc que les deux films les plus estimés de Danny Boyle aient la misère des classes défavorisées comme thème commun. C'est peut-être pourquoi les mineurs, les ouvriers, les syndicats et les infirmières du système public de soins ont occupé une grande place durant la cérémonie d'ouverture de vendredi soir.
Les responsables du comité d'organisation des Jeux olypmiques ont dit avoir choisi Danny Boyle pour son expérience, son énergie et sa passion vibrante pour son pays.
« Ce pays et cette ville m'ont donné tout ce que j'ai dans mon existence, hormis mon éducation qui s'est faite à Manchester et les valeurs que j'en ai tirées. Mais pour ce qui des opportunités que la vie m'a données, toutes venaient de cette ville où je suis très fier de vivre », s'est ainsi exprimé M. Boyle quelques heures après le spectacle d'ouverture des Jeux olympiques.
Il a d'ailleurs été grandement apprécié par les milliers de bénévoles qui ont permis à la cérémonie de voir le jour. Aucun journal britannique n'a pu relayer de propos critiques à son encontre.
Selon lui, le véritable spectacle sera celui des épreuves sportives. Il reste qu'avec sa cérémonie excentrique et décalée, Danny Boyle a probablement conquis l'élite culturelle britannique une bonne fois pour toutes.
Et maintenant que la Reine d'Angleterre Elizabeth II fait partie des actrices qu'il a dirigées, certains prédisent que l'ascension de Danny Boyle pourrait un jour être couronnée par un anoblissement.
Un scénario dont il aurait lui-même pu être l'auteur.
Radio-Canada.ca avec Reuters


