Les 27 pays membres de l'Union européenne se retrouvent jeudi et vendredi à Bruxelles pour un nouveau sommet sur la crise de la dette, le 19e depuis les premières difficultés rencontrées par la Grèce fin 2009. L'objectif est toujours le même: s'entendre sur des remèdes durables aux tourments de la zone euro, alors que l'Espagne et Chypre viennent à leur tour d'appeler à l'aide.
La solution envisagée consiste à dessiner les contours d'une véritable union économique et monétaire, ardemment souhaitée par l'Allemagne, moins par la France. Dans un rapport qui servira de base aux discussions, les présidents Herman Van Rompuy (Conseil européen), José Manuel Barroso (Commission), Jean-Claude Juncker (Eurogroupe) et Mario Draghi (Banque centrale) énumèrent les quatre piliers sur lesquels doit reposer cette « véritable union »: union bancaire, union budgétaire, politique économique commune et démocratie.
À l'issue d'une rencontre organisée mercredi avec la chancelière Angela Merkel, le président français François Hollande a affirmé que les deux pays étaient d'accord pour « approfondir l'union économique, monétaire et demain politique ». Paris et Berlin divergent pourtant sur l'ordre et le tempo de cet approfondissement.
Soucieux de ménager une opinion publique française et européenne malmenée par la crise, M. Hollande plaide pour une démarche étape par étape, conditionnée aux progrès en matière de croissance et de stabilité financière.
De son côté, Angela Merkel n'envisage pas de mutualisation accrue des risques au sein de la zone euro sans davantage de partage de souveraineté et de contrôle.
« La situation est sérieuse et nous avons l'obligation de construire l'Europe forte et stable de demain », a-t-elle déclaré mercredi à Paris. « Il nous faut une Europe qui fonctionne. Les marchés attendent cela d'elle et il nous faut une Europe dont les membres s'entraident les uns les autres. »
Quelques heures auparavant, la chancelière allemande avait de nouveau accusé ses partenaires européens de vouloir mettre la charrue avant les boeufs, déplorant que ces derniers réclament une gestion commune des dettes souveraines avant d'instituer une stricte discipline budgétaire.
La mise en place d'une union bancaire comporterait trois volets: une supervision renforcée, une garantie des dépôts et un mécanisme commun de résolution des crises. Le FMI comme le G20 exhortent les Européens à donner rapidement naissance à ce projet qui pourrait enrayer la crise qui touche le secteur bancaire et menace les finances publiques des États.
Mais tous les membres de la zone euro ne sont pas sur la même longueur d'onde. L'Allemagne privilégie le volet supervision alors que les pays du sud (Grèce, Italie, Espagne et Portugal) prônent une plus grande solidarité via un système de garantie des dépôts à l'échelle européenne.
Autre dossier à l'agenda: les moyens de relancer la croissance. Les dirigeants allemand, français, italien et espagnol se sont entendus pour mobiliser 1% du PIB européen - soit 120 à 130 milliards d'euros (150 à 165 milliards de dollars canadiens) - en faveur de la croissance, cette décision devant être acceptée par leurs 23 collègues.
Ce montant proviendrait du renforcement de la Banque européenne d'investissement, de l'instauration d'emprunts en commun pour financer des infrastructures et de fonds européens encore inutilisés.
Cet ensemble de mesures risque toutefois de ne pas suffire à rassurer les marchés qui attendent des réponses plus définitives à la crise, comme la mise en place d'euro-obligations.
Les ministres des Finances de la zone euro ont accepté mercredi la demande d'aide de l'Espagne. Ils estiment que le pays va sans doute solliciter entre 51 et 62 milliards d'euros (65 à 79 G$) pour renflouer ses banques, ainsi qu'une « marge de sécurité » supplémentaire.
L'Eurogroupe précise dans un communiqué que dès que le montant exact sera établi, l'aide sera versée par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) avant que le Mécanisme européen de stabilité (MES) ne prenne le relais.
Dans un autre communiqué diffusé au même moment, les ministres des Finances de la zone euro annoncent qu'ils ont également accepté la demande d'aide de Chypre, qui sera elle aussi versée par l'intermédiaire du FESF ou du MES. En contrepartie de cette aide évaluée à une dizaine de milliards d'euros (12 G$), l'Eurogroupe précise que Chypre doit procéder à des ajustements budgétaires et des réformes structurelles tout en renforçant son secteur bancaire et financier.


