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    Chronique - Élections 2012 : la parole aux vacanciers | Le trésor de Mingan

    « On découvre un pays fantastique », me dit M. Gauthier de Saint-Placide.

    Moi aussi, monsieur.

    Nous sommes sur la plage de la très bien nommée Longue-Pointe-de-Mingan. Au large, on voit quelques îles de l'archipel et à l'horizon, l'île d'Anticosti.

    M. Gauthier et sa femme Mireille s'apprêtent à embarquer dans un des grands canots de la famille Vibert pour visiter l'île aux Perroquets et l'île Nue.

    M. Gauthier suit la campagne, de loin, sur Internet, un peu en cachette de sa femme. « Dès qu'on parle de la campagne électorale, je ferme la radio. Ça m'intéresse, mais je ne veux pas les entendre pendant nos vacances », déclare sa femme.

    C'est tout le contraire pour Luc de Ville-Lorraine. Nous sommes avec un groupe sur l'île Nue, un écosystème fragile, une lande subarctique battue par le vent, à mille lieues d'un bureau de vote. Il avoue que peu importe la période de l'année, la campagne électorale captive son intérêt. Il se dit très curieux de la performance de la CAQ : « J'ai hâte de voir c'est quoi le fond de leur programme. »Justement, François Legault a fait connaître au début de la semaine son programme sur l'exploitation gazière et pétrolière. Le chef de la CAQ mise sur les redevances de l'exploitation de gisements comme ceux d'Anticosti ou de Old Harry pour payer la dette. Je l'interroge. « Il faut que cela soit fait tout en respectant l'environnement. Je pense qu'il y a moyen de faire les deux. Il faut quand même créer une richesse dans la province, au pays », me répond Luc.

    M. Gauthier partage la même opinion : « Ça dépend comment ce serait fait et aux avantages de qui ce serait fait. Si c'est aux avantages des pétrolières, on passe. »

    L'environnement ou l'économie? La question tiraille. Mario de Lévis, qui est en train de mettre sa veste de sauvetage pour partir en mer, s'interroge. « On a un peu de recherche, mais pas beaucoup. On veut qu'il y ait de l'argent qui rentre, mais en même temps est-ce qu'on est prêt à sacrifier tout ça, - dit-il en désignant le large- c'est questionnant. »

    Ces questions turlupinent aussi Sophie, biologiste et bénévole à la Station de recherche de Mingan. Faune, flore, elle m'explique que l'endroit est un des plus riches du golfe. Si le Québec va de l'avant avec l'exploitation du pétrole sur l'île, ça changera irrémédiablement le paysage. « L'île d'Anticosti, souligne-t-elle, porte bien son nom, c'est impossible d'accoster autour. Probablement que ça amènerait un port en eau profonde donc un pipeline qui sortirait entre la Côte-Nord et l'île d'Anticosti. »

    Je ne suis pas, spécifie-t-elle, contre le développement : « On a pratiquement tous des voitures qui fonctionnent avec du pétrole. On va sur l'eau avec des bateaux et on prend de l'essence. Je comprends que tant qu'on n'aura pas trouvé une solution alternative intéressante, il va falloir continuer à en prendre. »La vraie question, c'est où. « Quand, explique la biologiste, on a une mer semi-fermée qui n'a pas d'ouverture très, très large sur le reste de l'océan, qu'il y a des courants qui remontent le Saint-Laurent, que c'est brassé par la marée, que c'est brassé par le vent, et qu'on n'a pas de bonnes techniques de récupération et qu'on a de la glace et qu'on ne sait pas quoi faire avec du pétrole qui est pris sous la glace, ça me fait peur. »

    Elle n'est pas la seule. La vie de Danielle, l'été, c'est le tourisme. La fille de l'ancien gardien du phare de l'île aux Perroquets loue des roulottes, des maisonnettes, gère une boutique de souvenirs, un camping et offre des excursions sur les îles. Déjà, elle raconte que les travaux de la Romaine détruiront son territoire de trappe. La dizaine de camps de chasse qu'elle, son mari et ses oncles ont bâti dans le bassin versant de la Romaine seront submergés. Quand on lui parle d'exploitation du pétrole dans le golfe, elle est catégorique : « Ça prend juste une erreur et c'est fatal, il n'y a plus de golfe Saint-Laurent. Tout est concentré. La crevette de Matane est à Anticosti, le crabe, les pétoncles, avec les Îles-de-la-Madeleine, c'est un cercle. C'est là que c'est poissonneux, c'est autour des récifs. »

    Je retrouve Mario, qui, avec plusieurs membres de sa famille, est sur le départ pour la visite des îles. Il y a de la brume, mais le soleil semble vouloir percer les nuages. Avec lui, M. Bélanger, qui vit à Lévis, mais possède une maison à Rivière-au-Tonnerre. Avec la visite, les vacances, il ne suit pas très bien la campagne, mais l'homme s'intéresse au développement de la côte. « Pour l'île d'Anticosti, je ne suis pas d'accord. Pour la Côte-Nord, je suis d'accord pour la Romaine, l'acier et tout ça. Je pense qu'il faut aider ces régions-là qui en ont vraiment besoin », indique M. Bélanger. Il remarque par contre que l'argent du Plan Nord ne se rend pas. Les villes, selon lui, ont besoin d'investissements pour aider les travailleurs à s'installer : « Le maire du Havre l'a dit la semaine dernière: “C'est beau faire des promesses, dire oui, on va aider, mais ça fait deux ans qu'ils nous disent ça et on ne voit rien.” » Tout va vite, constate M. Bélanger : « Ç'a a doublé de population le Havre depuis qu'il y a la Romaine. Nous, à Rivière-au-Tonnerre, on voyait trois, quatre maisons préfabriquées par jour qui montaient là-bas. » Il ajoute que le gouvernement devrait aussi aider les gens comme Danielle qui investissent déjà beaucoup dans l'économie de leur région.

    Sa belle-fille, Maude Saint-Onge, écoute. Son conjoint est aux études et pour elle, les élections sont d'abord et avant tout l'occasion de régler le conflit étudiant. Maude avoue qu'elle ne suivait pas vraiment la politique avant la grève étudiante et que dans ce sens-là, c'aura été une bonne chose. Mario, toujours sur sa lancée, fait le pont avec la question étudiante : « Les ressources naturelles, ça a été éclipsé par la grève étudiante, ce qui est un peu dommage. Il y a tellement d'autres points de campagne électorale qu'on aborde plus ou moins ou qu'on fait exprès de passer sous silence. »

    « Quand on est ici et qu'on regarde tout ça, on se questionne sur ce qui va se passer à long terme », ajoute Maude.

    Notes de voyage :

    En me rendant à l'île aux Perroquets, j'ai vu un petit rorqual, un groupe d'eiders, des mouettes tridactyles, au moins une vingtaine de phoques, une bonne centaine de macareux moine et trois fous de Bassan en plastique.

    La meilleure place pour capter le réseau Internet sur le camping de Longue-Pointe est autour de la résidence de la propriétaire. Le meilleur coin est dans l'entrée de la cave.

    Trajet :

    Havre-Saint-Pierre jusqu'à Sept-Îles

    Pour me joindre : berubej@radio-canada.ca et sur twitter @berubej@radio-canada.ca