ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    Chronique - Élections 2012 : la parole aux vacanciers | Premier arrêt, Natashquan

    Quatre jours à Natashquan et pas un seul mot sur la politique ou la campagne électorale.

    Aucune ombre de pancarte électorale. Je cherche à acheter les journaux. « On ne reçoit pas ça, icitte, madame, ça arrête au Havre », m'indique la caissière de l'unique épicerie.

    La grosse nouvelle à Natashquan, le 1er août, ce n'est pas le déclenchement de la campagne électorale, mais le branchement au réseau de téléphonie cellulaire.

    À Natashquan, la route est arrivée il y a 15 ans. Internet sans fil pour les résidents, cet hiver seulement.

    Le village est une bulle que je n'ai pas envie de crever.

    En fait si quelqu'un veut vraiment se sauver de la campagne électorale, c'est maintenant au village anglophone de Kegaska, 43 km plus loin qu'il faut aller. Mais plus pour longtemps.

    Le gouvernement Charest s'est entendu en 2006 pour investir 100 millions en 10 ans pour prolonger la route 138 entre Kegaska et Vieux-Fort. L'an dernier, Québec a décidé d'ajouter 122 millions de plus en cinq ans à la cagnotte afin de relier tous les villages.

    Les travaux sont en cours si bien qu'au bout de la 138, à Natashquan, ce n'est plus la fin de la route. C'est le bout de la route asphaltée. La vraie fin, c'est maintenant 18 km plus loin au bout d'une route de gravelle, là où se construit le pont qui enjambera demain la grande rivière Natashquan.

    Le monde est petit, petit au pays de Gilles Vigneault. Trois pas et je tombe sur l'ingénieur Richard Bélanger, qui a dessiné et conçu le futur pont. Il supervise les travaux. Il est de retour après une interruption d'un mois. Les Innus s'inquiétaient des répercussions de la construction sur le saumon.

    « Ce beau temps-là est perdu. L'automne prochain on n'aura pas le choix d'arrêter », commente l'homme qui cherche déjà une solution pour livrer le pont comme prévu, l'été prochain. Il pense à un pont de glace en février sur la rivière pour charroyer le matériel. Il ne sait pas s'il pourra aller voter. La campagne l'intéresse, mais comment la suivre? Trop d'ouvrage. Pas de télévision au gîte. « Ici, on est coupé de la réalité », commente Richard Bélanger.

    Pour la pancarte de la fin de la route 138, il faut maintenant la demander au bureau d'information touristique. Cassandra et Noémie la gardent dans le fond d'un couloir et la ressortent gentiment pour les touristes, le temps d'une photo. « Ça sert à rien d'aller là-bas, disent-elles, y a rien à voir, on ne voit même pas le chantier et il n'y a même pas de pancarte. »

    Sur le chantier de Richard Bélanger, pas de pancarte électorale, pas même celle de la fin de la route....

    En Minganie, il n'est pas rare de croiser souvent les mêmes gens tout au long du parcours. Tiens, ce couple. On s'est vus à Rivière-au-Tonnerre. Revus à Mingan. Les voici devant L'Échouerie.

    Pauline et Donald de la vallée de l'Outaouais. On jase un peu. Ils n'ont pas tellement écouté les nouvelles. Pauline s'informe de la date des élections. Elle croit toutefois que la crise étudiante sera l'enjeu principal, sans pour autant prendre partie. « Carrés rouges, carrés blancs, carrés carottés, je suis toute mêlée », avoue-t-elle. Donald est plus tranché. « Il a manqué son coup à 100 % », dit-il en parlant de Jean Charest. J'écoute. Elle croit que les étudiants doivent faire leur part, il pense que le manque d'argent ne devrait pas empêcher un jeune d'étudier. Ils me font penser au Québec, encore divisé sur la question.

    Un peu plus tôt à l'accueil, une artiste peintre de Baie-Comeau, Pauline, me parlait d'une « écoeurantite aiguë » à propos de la crise étudiante. « J'étais pour, raconte-t-elle, mais on n'en a tellement entendu parler. » Ça aussi, ça me fait penser au Québec, celui qui n'aime pas la chicane.

    En parlant avec l'artiste, je me suis demandé ce qu'en pensaient les jeunes de Natashquan. C'est donc avec cette idée un peu en tête que j'avais repris le chemin de L'Échouerie. J'y vais souvent. Faut comprendre qu'à Natashquan, il n'y a que deux restaurants et un seul sur le bord de la plage. Devinez lequel. Donc, voilà la jeune serveuse qui semble inoccupée. Je m'avance. Oui, oui, elle viendra s'asseoir un instant pour discuter.

    Elle arrive et je tombe sur un pur fruit de la crise étudiante. J'ai devant moi une étudiante en littérature au cégep de Longueuil qui n'a pas pu terminer sa session en raison du conflit et de la loi 12 (ancien projet de loi 78).

    Marianne est à Natashquan parce que sa meilleure amie vient du village. « C'est sûr qu'il y a un gros contraste entre ici et Montréal, explique celle qui se considère comme une sorte de réfugiée politique, c'est comme si j'étais en gestation, mais ça cristalise mes valeurs. » Elle ne suis pas vraiment la campagne électorale. Je sais pour qui je vais voter et surtout pour qui je ne voterai pas, ajoute-t-elle. Elle est certaine que Jean Charest a lu Chomsky et L'art de la guerre. Il connaît trop bien, croit-elle, l'art de créer des problèmes pour ensuite trouver des solutions. Elle comprend tout de même « l'écoeurantite » de Pauline, mais considère que le vrai débat de société a été esquivé.

    Pour Marianne, les élections ne mettront pas un terme au débat sur l'éducation soulevé par le conflit étudiant. « C'est une question de société. Ce ne sont pas des élections qui mettront un terme à un bouillonnement d'idées et à un revirement social. C'est trop important », conclut-elle avec fougue. Voilà, c'est dit et elle repart, souriante.

    Autour de moi, ce sont surtout des couples. Pas vraiment d'autres jeunes. Je discute un peu avec des gens de Montmagny, Guy et Diana. Ils suivent un peu la campagne, mais pas beaucoup. Elle a déjà été plus impliquée en politique, raconte-t-elle, mais plus maintenant. « C'est plus pareil », constate-t-elle. Tous deux sont toutefois très critiques envers le gouvernement libéral. « C'est le temps de changer », me dit Guy en me regardant droit dans les yeux.

    Le repas s'étire. J'aborde un dernier couple. Des gens de Chicoutimi. Sonia et Alain sont les premiers à me dire qu'ils suivent la campagne avec intérêt. Il n'y a pas de périodes plus propices que d'autres pour des élections, soutiennent-ils. En fait, indique Alain, je suis même plus disponible que si j'étais au travail. Dans l'auto, ils écoutent la radio et ils échangent. Ce qui les frappe jusqu'à présent, c'est la place prise par les candidats vedettes comme Jean-François Lisée ou Jacques Duchesneau. Sonia craint d'ailleurs une polarisation des débats. Les discours, les opinions soulève-t-elle, sont très tranchés comparativement à d'autres campagnes où c'était plus au centre.

    En vacances dans la grande région du Plan Nord, le couple ne croit pas que le plan de Jean Charest soit un enjeu. « L'enjeu, c'est l'économie », déclare Alain. Pour eux, le Plan Nord est une bonne chose pour leur région. « Ça apporte de la prospérité. Ça va créer une certaine richesse », croit Alain. ...

    En sortant du camping, lundi matin, je vois ma première affiche électorale en Minganie. C'est la candidate péquiste est députée sortante Lorraine Richard qui est sur le poteau. Plus tard dans la journée, à Havre-Saint-Pierre, je verrai celle de la candidate libérale, Lise Pelletier.

    La campagne vient d'arriver en Minganie.

    Notes de voyage :

    Vu jusqu'à présent sur la Route des baleines : une perdrix et un porc-épic.

    Oui, l'eau est chaude à Natashquan, aussi chaude que dans la péninsule acadienne ou à l'Île-du-Prince-Édouard. Mais, il y a aussi souvent un petit vent du noroit qui ralentit un peu les ardeurs de la fille frileuse. Ça se calme quand on est dans l'eau.

    Est-ce que Gilles Vigneault est à Natashquan? Oui, il est arrivé dimanche.

    Au programme :

    Mardi, archipel de Mingan Mercredi, Havre-Saint-Pierre

    Pour me joindre berubej@radio-Canada.ca et sur twitter @berubej@Radio-Canada.ca