ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Une Commission d’enquête à huis clos: idéale pour protéger les coupables

    Le responsable de l'Unité anticollusion, Jacques Duchesneau, suggère la création d’une commission d’enquête à huis clos sur les scandales qui éclaboussent l’industrie de la construction et le Parti libéral en les reliant à la mafia. J’estime que c’est une mauvaise idée. Voici pourquoi.

    Robin Philpot et moi avons été les victimes d'une commission d'enquête à huis clos. Nous avons publié en 2006 Les Secrets d'Option Canada qui révélait les dépenses référendaires illégales de cette officine de propagande que les partis libéraux du Canada et du Québec opéraient sous la couverture du Conseil pour l'unité canadienne. Nous avions en main la totalité des documents comptables d'Option Canada que tout le monde croyait détruits depuis 1997. Suite aux révélations de notre livre, le directeur général des élections du Québec, Marcel Blanchet, a mandaté l'ancien juge Bernard Grenier pour mener une enquête à huis clos sur la question.

    Le PLQ, le PLC et le gouvernement du Canada doivent être éternellement reconnaissants à Grenier et à Blanchet d'avoir ainsi réussi à cacher aux Québécois les magouilles odieuses utilisées par le camp du Non pour voler le référendum de 1995.

    Le juge Grenier a fait des découvertes explosives qui sont toujours secrètes. Sa commission devait durer 3 mois; elle en a duré 18. Ce que lui ont dit les 90 témoins et les plus de 4 500 documents qu'ils ont déposés en preuve sont frappés d'une ordonnance de non-divulgation sans limite de temps. Toute la preuve, toutes les transcriptions, toute la correspondance, tous les mémoires et toutes les notes sténographes sont dissimulés à jamais sous le sceau du secret. L'ex-juge Grenier s'est révélé un complice empressé de Blanchet.

    On n'impose pas le «secret pour l'éternité» sur des insignifiances. Le huis clos a permis que des faits majeurs concernant le vol du référendum de 1995 soient soustraits à la connaissance du public.

    À plusieurs reprises durant les audiences de la Commission, l'avocate du Procureur général du Canada s'est opposée aux questions posées par Grenier. Il aurait été intéressant de connaître ses questions. Comme il aurait été édifiant pour le public d'entendre le témoignage de Lyette Doré, mutée du Service canadien du renseignement de Sécurité au Ministère du Patrimoine canadien où elle supervisait Options Canada. Doré avait l'habilitation sécuritaire exceptionnelle de «Très secret/Top secret». Les archives d'Option Canada indiquent que l'un des projets «spéciaux» les plus pointus de l'organisme, portait le nom de code «Projet #4 LD», LD signifiant Lyette Doré.

    Dans son rapport public expurgé sur les activités d'Option Canada, le juge Grenier a estimé à 500 000$ les dépenses illégales effectuées durant le seul mois qui a précédé le référendum. Ce n'est qu'une partie des sommes gigantesques que le fédéral a dépensées clandestinement pour assurer le triomphe antidémocratique du camp du Non. Le commissaire Grenier écrit au sujet du demi-million: «Ce montant ne tient cependant pas compte des dépenses non autorisées et non déclarées que nous n'avons pas été en mesure d'évaluer.» Comme les sommes consacrées illégalement au Love-in de la Place du Canada: «La preuve présentée devant moi n'a pas permis de déterminer la source du financement du rassemblement du 27 octobre au centre-ville de Montréal.»

    Des découvertes troublantes des juricomptables St-Laurent Faucher, travaillant pour la commission, ont aussi été retranchées du rapport public de Grenier parce qu'elles allaient au-delà de la compétence constitutionnelle du commissaire.

    Une commission d'enquête à huis clos, ça sert à protéger les coupables et à éviter que leurs crimes et leurs malversations soient étalés devant l'opinion publique. Non seulement il ne faut plus de commission à huis clos, mais le droit du public à l'information et la démocratie exigent que tous les documents se rapportant à la Commission Grenier soient rendus publics.