Les mines anti-personnel et les bombes artisanales sont les armes emblématiques de la guerre d'Afghanistan. La majorité des soldats occidentaux tués ou blessés dans cette guerre l'est par ce type d'armes. Les mines anti-personnel sont particulièrement horribles parce qu'elles ne visent pas à tuer l'ennemi, mais à le mutiler. La logique guerrière étant qu'il en coûte beaucoup plus à l'adversaire pour soigner, réhabiliter et prendre soin d'un soldat invalide pour le reste de sa vie que de l'enterrer avec les honneurs militaires. L'effet psychologique est également dévastateur sur les jeunes fantassins qui souvent craignent moins de mourir que de vivre avec des infirmités graves. Les explosifs improvisés ont à peu près les mêmes effets que les mines anti-personnel.
On pense à la perte de pieds et de jambes. Mais ces armes sont aussi conçues pour viser les organes génitaux, le symbole même de la virilité. La détonation pulvérise instantanément la chair, les os, les tissus et les muscles des membres inférieurs. La force de l'explosion se déplace verticalement pour atteindre ensuite la région génitale.
La revue américaine Men's Health dans son édition de novembre se penche sur la question. Son éditeur Bob Drury écrit: «Si tout ou une partie de votre "paquet" n'est pas arrachée par l'explosion elle-même, les débris volants de l'explosion vont déchiqueter pénis, scrotum, et testicules, entraînant l'amputation totale ou partielle de vos parties génitales.»
Combien vaut un pénis? Des testicules? Men's Health révèle que l'armée américaine se pose actuellement la question. Les organes sexuels comme les autres parties du corps ont réellement une valeur monétaire ou, pour être plus spécifique, une valeur actuarielle. L'assurance pour les blessures traumatiques de l'Administration américaine des anciens combattants verse 50 000$ pour la perte d'un œil, d'une main, d'un pied ou d'un pouce. Mais n'a pas encore établi une valeur pour les organes génitaux.
La revue Men's Health explique que les chirurgiens plasticiens peuvent «reconstruire» des pénis à l'aide de tissus et de muscles pris sur l'avant-bras des victimes. L'utilisation d'un implant de silicone gonflable inséré dans les muscles et les tissus transplantés permet une érection artificielle à commande manuelle. Pour ce qui est du scrotum et des testicules, on les fabrique à l'aide de peau prélevée ailleurs sur le corps dans laquelle on insère des boules de silicone. L'objectif est évidemment purement cosmétique. Elles ne produiront jamais de sperme. Les hommes sans testicules sont condamnés à prendre de la testostérone à vie et à suivre d'autres traitements hormonaux pour maintenir leur masse musculaire.
Le nombre de blessures génitales graves a triplé en Afghanistan par rapport aux guerres précédentes, a découvert Drury. Men's Health cite le médecin militaire Ronald Glasser, auteur d'un livre sur les traumatismes psychologiques et physiques de la guerre. Il établit qu'au Vietnam, il y avait 2,4 soldats américains blessés pour chaque mort alors qu'en Afghanistan, le ratio est de 8 à 1. Glasser estime que le pourcentage des hommes et des femmes en Afghanistan qui ont perdu des membres pourrait être égal ou supérieur à celui des militaires qui ont perdu un membre durant la guerre de Sécession américaine dans les années 1860.
Les effets sont tout aussi tragiques et traumatiques pour les femmes militaires qui se retrouvent avec des organes génitaux mutilés, mais comme la revue Men's Health traite uniquement de la santé des hommes, la question n'est pas abordée dans l'article. Les hommes constituent l'immense majorité des pertes militaires (morts ou blessés) alliées en Afghanistan. Ainsi, pour ce qui est du Canada, 155 hommes et 3 femmes, membres des forces armées, ont été tués dans ce pays.

