Les États-Unis ont écarté du revers de la main les appels de l'Iran pour qu'ils cessent d'envoyer des navires de guerre dans le golfe Persique et, en particulier, pour qu'il ne remplace pas le porte-avions nucléaire John C. Stennis qu'ils ont récemment déplacé vers la Mer d'Oman. La Maison-Blanche a présenté la demande iranienne comme un signe de faiblesse et la preuve que les nouvelles sanctions faisaient mal à l'économie iranienne.
Les Américains devraient se méfier. En 1993, une organisation terroriste islamiste s'est attaquée au World Trade Center de New York lui infligeant des dégâts considérables, mais sans réussir à renverser les deux tours. Convaincus que les terroristes musulmans seraient incapables de refaire le coup, ils se sont refusés à mobiliser vraiment leur appareil de renseignement, et à renforcer de façon draconienne leurs mesures de sécurité… jusqu'au 11 septembre 2001.
Actuellement, ils rêvent d'en découdre avec l'Iran au point de rechercher le casus belli pour détruire son système de défense antiaérienne et ses installations nucléaires.
Les généraux américains considèrent que les forces armées iraniennes ne sont pas de taille à confronter la plus grande puissance militaire de l'histoire de l'humanité.
Vous ne connaissez sans doute pas le général à la retraite Paul Van Riper du corps des Marines. Il est pourtant fameux dans le cercle fermé des analystes militaires et détesté par les dirigeants du Pentagone. Van Riper doit sa notoriété à une simulation stratégique, Millennium Challenge 2002 organisée pour tester les stratégies et les tactiques américaines dans le cas d'une confrontation avec l'Iran dans le golfe Persique. On lui avait confié le rôle du commandant en chef des forces armées iraniennes dans le jeu de guerre.
À la consternation du Pentagone, Van Riper a réussi dans les deux premiers jours de l'exercice à couler la majorité des navires du groupe aéronaval de la US Navy. Devant le désastre, comparable à plusieurs Pearl Harbour, le Pentagone a arrêté la simulation. Le jeu de guerre devait durer 15 jours.
Dans les 24 premières heures de l'exercice, à l'approche de la flotte américaine, Van Riper a utilisé des embarcations de plaisance iraniennes pour déterminer sa position, ses capacités et ces déplacements. Ensuite, il a lancé une attaque aérienne et navale massive contre la US Navy comprenant des fusées, des missiles de croisière, mais aussi des centaines de petits avions de tourisme bourrés d'explosif pilotés par des volontaires prêts au suicide. Parallèlement, des centaines de petites embarcations rapides civiles, également conduites par des volontaires suicidaires sont lancées contre la flotte américaine. Cette frappe préventive par des milliers d'aéronefs et d'embarcations a débordé les capacités de défenses électroniques des navires américains. Bilan : un porte-avions, dix croiseurs et cinq navires amphibies envoyés par le fond. Dans un véritable conflit, les pertes américaines se seraient chiffrées à plus de 20 000 morts en deux jours de conflit.
Le Pentagone a suspendu l'exercice, pour «re-flotter» les navires coulés et modifier les règles du jeu. Après la réinitialisation de la simulation, les deux côtés ont été contraints de suivre un scénario rédigé pour assurer une victoire des États-Unis.
Van Riper affirme que les officiers qui dirigeaient la force Rouge (les Iraniens) n'avaient pas l'autorisation d'utiliser certaines tactiques et certains systèmes d'armes contre la force Bleue (les Américains). Ils étaient obligés de divulguer l'emplacement de leurs forces afin de faciliter des attaques des Bleus. Cette fois, le résultat a été une écrasante victoire américaine. Van Riper a confié à l'émission Nova de PBS que l'exercice qui a coûté 250 millions de dollars a été un gaspillage complet. La simulation ne visait plus à vérifier si la doctrine d'emploi de la force du Pentagone était la bonne, mais à démontrer sa validité.
Le problème est la confiance arrogante du Pentagone dans la supériorité de ses stratégies et de son armement devant des adversaires considérés comme inférieurs, inintelligents, incapables d'initiatives et donc faciles à vaincre. Cela, malgré le Vietnam, malgré l'Irak, malgré l'Afghanistan.

