Le ministre de la Sécurité publique Vic Toews l'a mis par écrit en 2010 au directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Richard Fadden: dans certains cas, où une «menace pour la vie humaine ou la sécurité publique» existe, des informations émanant de services secrets étrangers qui ont recours à la torture peuvent être utilisées.
Il s'agit d'une volte-face pour le gouvernement Harper qui avait affirmé en 2009 que ses services secrets ne devaient pas avoir recours à des renseignements étrangers obtenus par la torture, même si cela pouvait éviter une catastrophe et sauver des vies.
Je dis, pour une fois, bravo les conservateurs.
Bon, la torture n'est pas une façon moralement acceptable ou même une façon efficace d'obtenir des renseignements de prisonniers. La victime va finir par dire n'importe quoi à ses tortionnaires pourvu que la douleur cesse. Elle va leur dire ce qu'ils veulent entendre. Les Américains ont fait la preuve de cela avec des prisonniers membres d'al-Qaïda. L'information ainsi obtenue est par définition douteuse. Et quand cela implique des événements passés, aucune intervention opérationnelle n'est possible.
Mais si un service secret étranger, disons par exemple, égyptien ou syrien, avise le SCRS qu'un de ses suppliciés a révélé des informations sur un événement planifié par son organisation terroriste et pas encore réalisé, que doit-on faire?
On parle ici de renseignements circonstanciés. Une bombe placée à bord de tel vol qui doit bientôt décoller. Une valise piégée dans une gare ou un aéroport précis qui doit sauter dans les prochaines heures. Une voiture bourrée d'explosifs stationnée à un endroit identifié sur une rue achalandée à une heure de pointe.
La vie de centaines ou de milliers de personnes est en cause. Dans ces «circonstances exceptionnelles», peut-on vraiment dire non merci, nous ne voulons pas de vos sales renseignements que vous avez soutirés de façon abjecte de votre prisonnier?
Le simple bon sens dicte qu'on prenne immédiatement les mesures nécessaires pour vérifier la véracité du renseignement et, s'il est fondé, sauver les vies humaines menacées. Je ne comprends vraiment pas la logique des gens qui voudraient qu'on refuse ce genre de tuyau. On procède régulièrement à l'évacuation de lieux publics à la suite d'appels anonymes.
À ceux qui disent qu'une telle directive fait du Canada le complice des tortionnaires, je réponds que dans des cas comme ceux évoqués ici, mieux vaut la complicité à un acte de torture que la complicité à une tuerie de masse. Dans la vie, il y a des occasions où les choix éthiques ne sont pas clairs. Le réel est souvent ambigu et les êtres bornés ont beaucoup de difficultés avec ce genre de situation.
Si je lis entre les lignes des condamnations du NPD et des groupes qui ont dénoncé la directive du ministre Toews, ils auraient mieux aimé que cela ne soit pas écrit sur papier. Qu'on le fasse sans le dire.
Bande d'hypocrites! C'est justement le genre d'attitude qui a été à l'origine de dérives de la part des services secrets canadiens dans le passé. «Faites ce qu'il faut faire. On ne veut pas le savoir. Pourvu que ça finisse bien.» La porte est ainsi ouverte aux pires abus comme on l'a vu à l'époque Trudeau.
Si Amnistie internationale et le NDP préfèrent qu'on laisse sauter la bombe qui va tuer des centaines de personnes plutôt que d'agir sur une information, qu'ils le disent clairement.


