En septembre 2011, le président de SNC-Lavalin, l’un des piliers du secteur de la construction au Québec, avait contesté les conclusions du rapport Duchesneau sur les magouilles dans cette industrie. Parlant de corruption, Pierre Duhaime, superbe, avait lancé «Chez SNC-Lavalin, ça n'existe pas».
Voilà que six mois plus tard ce parangon de vertu qu’est SNC-Lavalin est au centre de multiples affaires où on soupçonne de graves cas de concussion.
Des enquêtes sont en cours sur les liens de l’entreprise avec le fou de Tripoli, Kadhafi, et sa famille, tandis qu’une de ses filiales est interdite temporairement de faire des appels d’offres pour des projets de la Banque mondiale à cause d’allégations de corruption au Bangladesh.
Pierre Duhaime a démissionné, mais SNC affirme que son départ précipité n’implique aucune conduite inacceptable de sa part. Mieux, le conseil d’administration l’a félicité pour son excellent travail et l’a récompensé en lui donnant un cadeau de départ de 4,9 millions de dollars. Sa présidence a été marquée par une baisse de 21 % des bénéfices et une chute de 14 % du prix de l'action.
Dans les jours qui ont précédé son départ, une enquête interne avait allégué que Duhaime avait indûment autorisé 56 millions de dollars de paiements sans pièces justificatives à des «agents» travaillant pour SNC. Duhaime, en tant que chef de la direction, a utilisé son pouvoir exécutif pour permettre ces paiements en dépit des objections du chef de la direction financière de la compagnie et du président de SNC-Lavalin International, même s’il ne connaissait pas leur destination. Son ancien vice-président, Riadh Ben Aïssa, qui a lui aussi autorisé les paiements, dit ne pas savoir lui non plus où l'argent a été dépensé. Ben Aïssa a aussi été «démissionné».
SNC-Lavalin affirme que l’enquête interne n’a pas réussi jusqu’à maintenant à déterminer l'utilisation des 56 millions de dollars. Elle dit pourtant savoir que l’argent n’a pas été utilisé pour payer des pots-de-vin. Comment le sait-elle? La société affirme que Duhaime a coopéré dans l'enquête, mais n'a pas pu fournir de détails sur les paiements. Comment ça? Qu’est-ce qu’il a dit aux vérificateurs? Je ne m’en rappelle plus! C’est pas de vos affaires, vous êtes pas de la police! A-t-il refusé de répondre?
Le président du conseil de Lavalin, Gwyn Morgan, a affirmé qu’il ne pouvait pas expliquer comment Duhaime a pu autoriser ces paiements sans avoir aucune connaissance de ce pour qui ils étaient. Il n’y a personne qui sait quoi que ce soit de la disparition de 56 millions de dollars chez SNC-Lavalin. On croirait entendre des libéraux au sujet du scandale des commandites devant le juge Gomery.
Hé! M. Morgan pouvez-vous au moins nous expliquer la prime de départ de Duhaime?
Pas besoin d’être aussi cynique que moi pour comprendre que Pierre Duhaime doit savoir dans quels placards sont cachés depuis des décennies les squelettes de SNC-Lavalin et que son silence, lors des enquêtes à venir, vaut son pesant d’or. Ou presque.
Comme le note le chroniqueur financier du Toronto Star, David Olive, l’attitude de l’investisseur milliardaire Stephen Jarislowsky dans cette affaire déçoit. Depuis des décennies, il fustige la mauvaise gouvernance des entreprises. Et voilà que Jarislowsky Fraser Ltd publie un communiqué affirmant qu’il n’avait aucune préoccupation au sujet de la gouvernance de SNC-Lavalin. Jarislowsky Fraser détient une participation de 15 % dans l’entreprise. Exiger une enquête approfondie aurait pu avoir un effet baissier sur la valeur des actions de SNC.
Une chose est certaine, les dirigeants de SNC-Lavalin vont cesser de nous casser les oreilles avec les hautes normes éthiques de l’entreprise et vont éviter à l’avenir d’être des donneurs de leçon. La turpitude morale des grandes entreprises ressemble souvent à celle des grandes centrales syndicales. La FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, ça vous dit quelque chose?
SNC-Lavalin: c’était géré comme la FTQ-Construction
Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – mar. 10 avr. 2012Pagination
Que pensez-vous de cet article?
Loading...
Billets de blogue en primeur
Une femme menace sa voisine avec un débouchoir en raison de mauvaises odeurs
Sur le radar - ven. 17 mai 2013L’irrésistible ascension de Denis Coderre comme «boss» de Montréal
La chronique de Normand Lester - ven. 17 mai 2013L’excellente idée de la CSDM
La chronique de Martine Turenne - jeu. 16 mai 2013
Aujourd'hui sur Yahoo!
1 - 8 de 37

