À l'issue d'un long bras de fer avec son plus sérieux rival, Mitt Romney a finalement remporté la primaire républicaine …Mitt Romney sort bon premier des dix scrutins de ce Super Tuesday — en remportant de justesse l'Ohio, un état baromètre pour les présidentiables républicains. Mais ses résultats globaux ne sont pas suffisants pour forcer ses adversaires à se retirer de la course. La lutte fratricide entre républicains va donc se poursuivre, probablement jusqu'à la convention du mois d'août. La majorité des républicains et l'appareil du parti le voient comme celui qui a les meilleures chances de battre Obama. À la convention de Tampa, il faudra l'appui de 1 144 délégués pour remporter l'investiture. Romney est encore loin du compte.
Le fait que Romney n'ait pas réussi à remporter une victoire décisive hier est préoccupant pour l'establishment du parti qui veut désespérément un cessez-le-feu entre républicains pour engager la bataille contre le véritable ennemi, Obama. Les tactiques de campagne de Romney, dont les publicités vitrioliques sur ses adversaires, ont grandement contribué à l'atmosphère délétère de la course. Le ton hargneux et les propos extrêmes utilisés ont effrayé les électeurs indépendants dont les voix seront déterminantes à l'élection présidentielle de novembre. Et les républicains vont donc continuer à s'entredéchirer jusqu'à la convention du mois d'août qui promet d'être houleuse. Jamais l'importante frange extrémiste des républicains ne votera pour Romney, considéré comme aussi dangereux que le «socialiste» Obama.
Son plus proche adversaire Nick Santorum, un zouf bizarre qui veut, entre autres, criminaliser l'adultère, est le seul à pouvoir espérer un coup de théâtre qui lui conférerait l'investiture. Mais il doit absolument convaincre Newt Gingrich de se retirer de la course pour le plus grand bien de la faction Tea Party et de l'extrême-droite américaine en général.
L'hypocrite Gingrich, qui a remporté les primaires de Georgie, entend rester dans la course. Président de la Chambre des représentants, il réclamait la destitution de Bill Clinton pour ses infidélités alors que lui-même avait une maîtresse. Pour gagner l'appui des électeurs républicains, il accuse Romney d'être un «modéré», la pire injure pour les fanatiques qui constituent maintenant la force dominante du parti. Gingrich a été incapable de gagner ailleurs que dans le «Deep South».
Le quatrième larron de cette foire qu'est la course à l'investiture républicaine, Ron Paul, le médecin libertaire texan, est le plus vieux et le plus excentrique du groupe. Il voudrait transférer une grande partie des pouvoirs du gouvernement fédéral américain vers les États et retirer les États-Unis de l'ONU. Sympathique et désarmant. Sa naïveté terminale lui a fait gagner de nombreux jeunes admirateurs.
Si Romney ne réussit pas à s'assurer les 1 144 voix avant la convention de Tampa, il est possible qu'un «Dark horse» tente sa chance. Ce sera peut-être une jument d'Alaska. Sarah Palin, dont on n'avait pas entendu parler depuis plusieurs mois, n'est pas officiellement dans la course. Mais, en entrevue avec CNN, elle n'a pas exclu d'être une candidate de consensus de dernière heure, s'il y avait blocage à la convention. De quoi donner des brûlures d'estomac à l'establishment républicain qui la déteste.
La victoire anémique d'hier de Romney démontre les réticences des électeurs républicains pour ce «beau vieux» froid et distant qui n'a aucun charisme et qui est un orateur médiocre. L'argent de Romney lui acheté beaucoup de choses, mais pas une nouvelle personnalité. Il projette l'image d'un politicien hautain qui manque d'authenticité. Il a lu son discours de victoire hier soir à partir d'un télésouffleur. L'homme soulève encore moins d'enthousiasme chez les Américains en général. Obama ne devrait pas avoir de mal à infliger aux républicains une défaite historique à la présidentielle de novembre.
