ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Noriega, le martyre d’un héros américain

    Manuel Noriega.Un homme qui a mis sa jeunesse et une bonne partie de sa vie adulte au service de la bannière étoilée, va rentrer dans son pays pour répondre à une accusation de meurtre après avoir déjà pourri de longues années en détention en France et aux États-Unis.
    Manuel Noriega mérite de figurer dans le Livre Guinness des Records comme le seul trafiquant de drogue de l'histoire à avoir provoqué l'invasion de son pays, le Panama par les États-Unis.

    Qualifier le Panama de pays c'est beaucoup dire. Plus précisément, c'est une créature totale des États-Unis. Lorsque Washington décide d'y creuser un canal interocéanique au tournant du 20e siècle, il est évident que le Panama ne peut rester une province de la Colombie. Les États-Unis téléguident donc un mouvement séparatiste qui leur crée un état fantoche connu depuis sous le nom de République de Panama.

    Issu des quartiers populaires de la capitale de cette république de bananes, Manuel Noriega a choisi la carrière militaire, la seule à part les activités criminelles proprement dites, à pouvoir assurer l'ascension sociale et la richesse à un pauvre ambitieux, décidé à se sortir du bourbier. Sa détermination est vite remarquée par ses maîtres américains qui l'envoient compléter sa formation d'auxiliaire de l'impérialisme à la célèbre École des Amériques de l'armée américaine à Fort Gulick. Noriega se spécialise dans le renseignement, l'action psychologique et le contre-espionnage.

    Noriega entreprendra ensuite sa carrière militaire au service des États-Unis et de ses ambitions personnelles. Une série de complots et de coups d'État où il bénéficie du soutien américain lui permet de devenir le commandant en chef des forces armées panaméennes et, enfin, dictateur du Panama.

    Depuis 1967 Noriega était un agent payé de la CIA. Tout en se vendant à la CIA, Noriega était largement impliqué dans le trafic de stupéfiants. Son poste dans l'armée panaméenne et ses fonctions d'agents de la CIA lui assurant l'impunité pour les crimes qu'ils commettaient : trafic de stupéfiants, assassinats, tortures, corruption, etc.  Le fait que Noriega soit un ami et un proche collaborateur de chef du cartel de Medellín, Pablo Escobar, n'inquiète pas les Américains.

    Ce n'est qu'au début des années 80 que les États-Unis commencent à se méfier du monstre qu'ils ont créé. La CIA découvre qu'il aide Fidel Castro et le chef sandiniste du Nicaragua, Daniel Ortega à contourner l'embargo économique américain. Il soutien aussi les guérillas marxistes du Salvador et de Colombie. Enfin, Noriega permet que le Panama serve aux pays communistes pour acquérir des technologies américaines contrôlées.

    Encore en 1987, le patron de la Drug Enforcement Agency,  John C. Lawn, fait encore l'éloge de Noriega pour son «engagement personnel»  afin de résoudre une affaire de blanchiment d'argent. Lawn se rend même à une réunion d'Interpol avec Noriega pour l'aider à présenter une meilleure image de lui-même.

    L'année suivante, les Américains l'inculpent de diverses accusations liées au trafic de drogues et, en décembre 1989, ils envahissent le Panama pour le capturer et le ramener aux États-Unis où il sera condamné à une longue peine d'emprisonnement. Libéré en 2007, la France le condamne à son tour pour meurtre et blanchiment d'argent avant de lui permettre, cette semaine, de rentrer dans son pays pour y subir un nouveau procès.

    Plus de deux décennies après que les États-Unis l'eurent renversé du pouvoir, Manuel Noriega est rentré au Panama, …Au cours du XXe siècle, les États-Unis ont créé des dizaines de tortionnaires comme Noriega dans toutes les régions du monde. Ces odieux personnages ont pu s'adonner aux pires crimes et aux plus horribles exactions à la condition de se soumettre à Washington.

    Le soutien actif de Washington lui a permis d'établir la première «narco-kleptocratie» en Amérique selon un rapport d'un sous-comité sur le terrorisme et les narcotiques du Sénat américain.

    Noriega mérite une médaille pour des décennies de services rendus aux États-Unis dans des conditions extrêmement périlleuses. Ce qu'on reproche à Noriega en fin de compte, c'est son réalignement politique.