Le Docteur Arthur Porter est un homme occupé. Il pratique la médecine à titre d'oncologue. Il est PDG du Centre universitaire de santé McGill. Il siège au Conseil d'Air Canada. Il brasse des affaires en Afrique à la tête de plusieurs compagnies. Il est ambassadeur plénipotentiaire de la Sierra Léone, son pays d'origine, et conseiller de son président, Ernest Bai Koroma.
On penserait qu'il y a là suffisamment d'activités pour occuper plusieurs vies de personnes ordinaires. Pas pour le doc Porter. Ses amis du parti conservateur du Canada l'avaient nommé président du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), l'organe chargé de s'assurer que les services secrets fonctionnent dans les limites de la loi. Le bon docteur a donc eu accès à la totalité des secrets en possession des services de sécurité fédéraux et a pu tout savoir sur leurs activités clandestines.
Déjà, ça posait problème. Vous voyez pourquoi? Le type est le conseiller d'un chef d'État étranger et porte un titre pompeux dans la diplomatie de la Sierre Léone. Porter donne-t-il la priorité à son rôle de conseiller présidentiel sierra-léonais ou à celui de contrôleur des services secrets canadiens? Ça s'appelle un conflit d'Intérêts.
Ce n'est pas tout. Le doc manque de jugement dans le choix des personnes avec qui il fait affaire. Le National Post révélait il y a quelques jours qu'il s'était associé à un drôle d'olibrius du nom d'Ari Ben-Menashe.
Ben-Menashe est un juif iranien qui se présente lui-même comme un ancien agent des services secrets israéliens, ce qu'ils démentent formellement. Ben-Menache a été acquitté aux États-Unis d'exportation illégale de technologies militaires vers l'Iran parce que le jury l'a cru lorsqu'il a affirmé qu'il agissait sur instruction du Mossad. Après avoir été expulsé d'Australie, il a abouti à Montréal où il a obtenu la citoyenneté canadienne après avoir marié la fille d'un sénateur. Le mariage n'a pas duré longtemps. Ben-Menashe a été poursuivi pour violence envers sa femme et sa belle-mère, accusations qui ont été par la suite retirées.
Toujours à partir de Montréal, Ben-Menache a été à l'origine d'un pseudo-complot pour assassiner le président fou du Zimbabwe, Robert Mugabe, pour qui il travaillait. Malgré le témoignage incriminant de Ben-Menashe, le leader de l'opposition du pays, Morgan Tsvangirai, a été acquitté du crime.
Ces informations sur Ben-Menashe ne proviennent pas d'un dossier ultra-secret de la CIA, du Mossad ou du SCRS mais sont accessibles sur la Toile. Pour en trouver d'autres tout aussi troublantes, il vous suffit de taper ARI BEN MENASHE dans votre moteur de recherche préféré. Le doc Porter n'a pas eu la jugeote de faire cette simple vérification avant de signer des ententes contractuelles avec Ben-Menache. Voilà le genre de type que les conservateurs nomment à l'une des fonctions les plus délicates du gouvernement du Canada.
Mais il y encore pire. Porter a confié à Ben-Menashe le mandat d'obtenir des investissements russes dans des infrastructures portuaires au Sierra Léone. Le Service russe de renseignements extérieurs SVR (exKGB) a nécessairement eu vent de l'affaire qui, heureusement, n'a pas eu de suite. Ce sont des pros. Ils y auraient vu une occasion de monter une opération de pénétration de l'appareil de sécurité du Canada.
Harper hier a forcé Porter à démissionner. Comment se fait-il que la sécurité interne du SCRS ne s'est pas inquiétée des fréquentations pour le moins étranges de l'homme chargé de donner un certificat de bonne conduite à l'organisation? Pas très fort. Encore une fois, on dormait au gaz. À moins bien sûr que Ben-Menashe ait réussi à conter des sornettes au SCRS comme le veulent certaines informations. Dans tous les cas le successeur de Porter au CSARS doit, dès son entrée en fonction, déclencher une enquête sur tous les aspects de cette étrange affaire. Que cache la nomination politique de Porter?
Le ministre Maxime Bernier a dit récemment qu'on doit choisir les gens en fonction de leurs compétences. Les questions de sécurité et de renseignement n'étaient manifestement pas parmi celles de Porter.
Comme remplaçant, je suggère l'inspecteur Clouseau au gouvernement Harper. Au moins, il est bilingue.

