ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Netanyahu, roi d'Israël: menace pour l'Iran ou ouverture pour les Palestiniens?

    Le Premier ministre d'Israël, Benjamin Netanyahu. (Photo: AFP)Les gouvernements d’union nationale en Israël sont rarissimes. Et de mauvais augure. Le 5 juin 1967, Israël a lancé une guerre préventive contre ses voisins arabes. Peu avant la guerre des Six-jours, l’opposition nationaliste, dirigée par Menahem Begin, entrait dans le gouvernement de coalition pour la première fois.   

    Quarante-cinq ans plus tard, à la surprise générale, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait entrer le Kadima, le principal parti d'opposition, dans un gouvernement d'unité nationale alors même que le pays se préparait à des élections générales que Netanyahu était sûr de gagner. Le nouveau gouvernement représente 94 des 120 sièges de la Knesset. «Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, est devenu roi d'Israël», a lancé un analyste israélien.

    En créant la plus grande coalition de l’histoire du pays, Netanyahu se prépare-t-il à une attaque préventive contre l’Iran? Plusieurs commentateurs américains et israéliens croient que son couronnement est le prérequis pour une attaque contre l’Iran en octobre prochain.

    De la fin septembre à début novembre, la prise de décision à la Maison-Blanche sera dictée par les besoins électoraux du président Obama. Ce dernier n’aura alors pas le choix. La puissance du lobby israélien à Washington est telle qu’il devra apporter un appui diplomatique inconditionnel à Israël et même s’impliquer militairement puisque la riposte iranienne va cibler les intérêts américains au Moyen-Orient.

    Si la coalition mène effectivement à la guerre, ce sera la plus inutile des 64 ans d’histoire d’Israël. La menace existentielle que ferait peser l’Iran sur Israël est une invention que Netanyahou a largement contribué à répandre.

    Les services de renseignement des États-Unis et d’Israël sont d'accord pour dire que l'Iran n'a pas de programme d'armes nucléaires, et n'a même pas pris la décision d’en commencer un. Deux anciens chefs des renseignements israéliens ont d’ailleurs déclaré au cours des derniers mois que l'Iran n'est pas une menace existentielle et qu’une attaque contre ce pays serait «stupide».

    Le nouveau partenaire de Netanyahou, Shaul Mofaz, chef du Kadima a déjà soutenu qu’attaquer l’Iran enclencherait une guerre régionale et accélérerait le programme nucléaire de Téhéran ajoutant que la menace qu’Israël devienne un État binational était beaucoup plus grave que la question nucléaire iranienne. Mais lors d'une conférence de presse conjointe, Nethanyahu et Mofaz, ont affirmé qu’ils ont une identité de vue sur l'Iran. Mofaz aurait donc trahi sa position antérieure pour accéder au gouvernement.  

    D’autres spécialistes pensent, au contraire, que la grande coalition israélienne éloigne la guerre. Elle serait destinée à régler de graves problèmes de politique intérieure. En faisant entrer le Kadima au gouvernement, Netanyahu s’est libéré du chantage des partis religieux et du parti russe d'extrême droite Israël Beytenou, de Avigdor Liberman. Il va ainsi avoir les mains libres pour prendre des décisions difficiles.

    La Cour suprême d’Israël vient en effet de statuer que l’exemption de service militaire des juifs orthodoxe est inconstitutionnelle et, dans un autre jugement, ordonne le démantèlement d’une colonie juive de Cisjordanie. Le gouvernement d’unité nationale donnerait aussi à Nethanyaou une complète liberté d’action pour engager de nouvelles négociations en vue de la création d’un État palestinien.  

    Dans son nouveau livre «La crise du sionisme», le commentateur juif américain Peter Beinart fait valoir, que la plus grave menace à l'existence d'Israël en tant qu'État juif et démocratique n’est pas l’Iran, mais la démographie. D’ici quelques années, les Arabes seront majoritaires dans les territoires sous domination israélienne: Israël, la Cisjordanie, le Golan et la vielle de ville de Jérusalem.

    Israël aura alors le choix entre accorder le droit de vote aux Arabes ou devenir un État apartheid afin de rester un État juif. La menace existentielle n’est pas à Téhéran, mais à Jérusalem même.