ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Les USA et les élections en Égypte: de quoi je me mêle?

    La question de l'activité des ONG risque d'empoisonner les relations déjà tendues entre les États-Unis et l'Ég …Le gouvernement égyptien vient d'arrêter 19 Américains, les accusant en vertu des lois électorales d'être intervenus illégalement dans la politique intérieure du pays en conseillant et finançant certains partis politiques.  Le Caire allègue que des ONG américaines ont dépensé 65 millions de dollars pour influencer les résultats électoraux contrevenant ainsi à la loi qui interdit aux étrangers de participer aux élections.

    L'affaire provoque un extraordinaire raffut aux États-Unis qui menacent l'Égypte de représailles si les procédures judiciaires ne sont pas abandonnées. On parle de la tension la plus vive entre les États-Unis et l'Égypte depuis des décennies.
    Le sénateur John McCain, un interventionniste compulsif, s'indigne de l'« affront national » que l'Égypte inflige aux États-Unis. McCain menace d'interrompre le 1,3 milliard de dollars en aide militaire américaine à l'Égypte. Le premier ministre égyptien Kamal El-Ganzouri a rétorqué que ces menaces n'auront aucune influence sur le processus judiciaire en cours.

    Imaginez l'algarade si la Russie, l'Égypte ou, encore pire, la France se mettait à conseiller et à financer un parti politique américain en vue de la prochaine élection présidentielle? D'ailleurs, les États-Unis ont des lois pour empêcher les ingérences étrangères dans leur politique intérieure. Les lobbies contrôlés de l'extérieur doivent s'inscrire en tant qu'agents d'une puissance étrangère auprès du gouvernement et lui faire annuellement un compte rendu complet de leurs activités*. Washington interdit les contributions étrangères aux activités électorales sur le sol américain. La violation de la Foreign Agents Registration Act (FARA) est punissable d'une peine de cinq ans de prison et une amende de 10 000 dollars.

    Mais, bien sûr, ces restrictions ne peuvent s'appliquer aux Américains à l'étranger. Par leur exceptionnalisme, leur destinée manifeste d'avoir été choisis par Dieu pour diriger la planète, ils s'arrogent le droit d'intervenir dans les choix politiques de pratiquement tous les pays de la Terre. Ils ont même des organisations spéciales qui se consacrent à ce genre d'ingérence. Non, je ne parle pas ici de la CIA, mais de groupes comme le National Democratic Institute (NDI), affilié au parti démocrate et l'International Republican Institute (IRI), qui dépend du parti républicain. Les 19 Américains inculpés en Égypte font partie de ses deux organisations.

    Les États-Unis sont déterminés à faire triompher leur Nouvel ordre mondial par tous les moyens, de l'intervention militaire et à la subversion des choix électoraux des pays visés. En décembre, Vladimir Poutine a affirmé que des centaines de millions de dollars, provenant surtout de sources américaines, ont été dépensés pour influencer l'élection législative récente. Ils ont financé la révolution Orange en Ukraine il y a quelques années pour faire annuler l'élection d'un dirigeant pro-russe et le remplacer par un pro-occidental favorable à l'OTAN. La révolution orange a finalement échoué.

    L'opposition, largement financée par les États-Unis, a battu le président Eduard Chevardnadze de Géorgie en 2002. Une fois au pouvoir, l'homme des Américains, Mikhaïl Saakachvili a tenté sans succès de chasser les Russes d'Ossétie du Sud croyant que l'OTAN interviendrait pour tirer ses marrons du feu.

    Les Américains croient qu'ils ont un droit inhérent à intervenir dans les pays qui ne partagent pas leurs opinions et leurs valeurs. Le problème est qu'en s'immisçant dans les affaires des autres peuples, ils provoquent une réaction nationaliste et contribuent à faire élire leurs adversaires. Les millions qu'ils ont dépensés en Égypte n'ont pas empêché Frères musulmans, salafistes, et autres islamistes de gagner l'élection.

    * Il y a une seule exception à la règle. Le American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), téléguidé de Jérusalem, intervient activement dans la politique américaine, mais c'est là une tout autre histoire.