La Sûreté du Québec n’a pas grand succès dans ses enquêtes sur la corruption à la Ville de Montréal et au gouvernement du Québec. Même si de gros bataillons d’enquêteurs sont sur le dossier depuis des années, elle ne réussit pas à épingler de politiciens, de mafieux ou de confrères policiers dans une multitude d’enquêtes touchant l’industrie de la construction ou de la sécurité privée.
La voilà maintenant qui va enquêter sur les fuites journalistiques qui humilient policiers et politiciens en montrant comment ils se révèlent incapables quand il s’agit de mettre la main au collet d’individus «connectés» au Parti libéral du Québec et à une clique de ses anciens militants appelée l’administration Tremblay.
Les courageux policiers qui ont coulé l’information aux médias ne méritent pas de sanctions. Au contraire, ils méritent la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec et toutes les autres décorations et primes que l’État décerne à ceux qui mettent l’intérêt collectif avant des considérations personnelles et même leur sécurité physique.
J’ai moi-même dans cette chronique encouragé cette pratique. La divulgation aux médias est au Québec la seule marche à suivre pour s’assurer qu’un dossier soit digilenté par la police quand des policiers ou des politiciens sont impliqués.
N’eût été de journalistes d’enquêtes de Radio-Canada, du Devoir et de La Presse, et de leurs sources au sein des services de police, on ne saurait encore pratiquement rien sur la façon dont la Mafia étrangle l’industrie de la construction, en contrôlant les prix, les soumissions et les dépassements de coûts.
On ne saurait rien non plus des activités étranges de l’agence de sécurité BCIA de Luigi Coretti, amis de ministre et de chef de police qui a obtenu à répétitions des contrats même si rien dans l’expertise de l’agence ou la compétence de son patron ne le justifiait, sauf des accointances avec des libéraux influents.
L’affaire Davidson a fait déborder le vase
La règle de l’Omerta existe autant dans la police que dans la mafia. Et voilà qu’un membre de la confrérie, dégoûté parce qu’il voyait et entendait a décidé de se vider le cœur à des journalistes. Pour bonne mesure, il a raconté son histoire en parallèle et en simultanée à trois médias importants. C’est ainsi que le Québec a appris qu’un groupe de policiers au SPVM tentait par tous les moyens d’étouffer l’affaire (sinon Davidson lui-même) avec, peut-être, l’assentiment de la direction du service.
Les faits connus grâce aux confidences de la source policière pointent en direction d’une série d’illégalités dans la conduite de cette enquête interne. Sans la source policière, tout cela aurait été caché. Davidson serait, sans doute, quand même mort, mais dans des circonstances moins dramatiques. Quand on lave son linge sale en famille, on le fait discrètement.
Doit-on se rassurer et se dire que les mêmes Dupont-Dupond qui s’enfargent dans leurs lacets de bottines depuis trois ans dans les enquêtes mafia-FTQ-PLQ ne vont pas être plus futés dans leurs recherches de l’homme estimable en leur sein par qui le scandale est arrivé?
Quelque chose me dit qu’ils vont procéder ici avec une célérité et une efficacité qui ont manqué dans les enquêtes de corruption. Cette fois, ils ont l’encouragement de leurs supérieurs à la SQ et du gouvernement libéral. Pas de danger de mettre en cause sa pension et sa promotion.
Cela, à mon avis, ne se traduira pas par l’inculpation de journalistes. Mais quel extraordinaire prétexte pour justifier la mise sous surveillance légale de certains confrères qui sortent des exclusivités particulièrement agaçantes pour les pouvoirs en place! Et qui sait? En épiant des journalistes, les flics vont peut-être apprendre la façon de mener des enquêtes qui donnent des résultats.
