Pour la première fois dans l’histoire des débats des chefs, les femmes, présentatrices et participantes, étaient majoritaires à l’écran de Radio-Canada et de Télé-Québec. C’est à peu près la seule chose à signaler de cette soirée télévisée qui n’était, dans le fond qu’une séance de réchauffement pour les affrontements par paires sur le réseau TVA des chefs des partis susceptibles de gouverner le Québec.
S’il faut en croire Twitter, Françoise David a facilement remporté le débat d’hier. La « matante sympathique » de Québec Solidaire y a peut-être gagné quelques points dans sa circonscription de Gouin en arborant fièrement son épinglette-bijou « carré rouge ». Je ne suis pas un partisan de QS, pourtant j’aimerais qu’elle soit élue. Mais pas dans Gouin où elle remplacerait Nicolas Girard, un des meilleurs députés du PQ. Elle et Khadir ne craignent pas d’écraser des orteils que les autres partis évitent.
Au grand déplaisir des journalistes et des commentateurs, aucun des protagonistes n’a commis de gaffes. Pauline Marois, en tête dans les sondages, a évité de compromettre cette avance en adoptant, de façon générale, une attitude de sérénité tranquille. Jean Charest a assez bien tiré son épingle du jeu. Bien que son sourire ineffable, lorsqu’on l’accusait de corruption, avait quelque chose de particulièrement agaçant. D’ici deux semaines, il risque de rire jaune.
Charest a tenté de mettre Pauline Marois dans l’embarras en évoquant le rapport Moisan de 2006 qui rapportait que le relationniste Jean Breault avait donné de l’argent au PQ en plus du PLQ. La manœuvre était plutôt indécente. Le rapport met d’abord en cause des libéraux, dont certains étaient alors dans l’entourage de Charest, dans le cadre du scandale des commandites. La grande magouille libérale des années 2000 démontrait la symbiose totale qui unissait les libéraux des deux paliers de gouvernement.
Les feux nourris de ces trois protagonistes étaient concentrés sur François Legault, le seul candidat jugé capable de perturber la tendance actuelle de l’électorat vers un gouvernement du PQ. Son unique moment difficile de la soirée a été lorsque Charest a rappelé que l’ancien souverainiste pressé a renié 40 ans de sa vie en annonçant récemment qu’il voterait non si jamais il y avait un nouveau référendum. Pas de quoi impressionner le groupe social dont Legault recherche surtout les voix. Il a d’ailleurs habilement répondu que le ministre libéral Raymond Bachand était, lui aussi, un renégat indépendantiste.
L’« effet Legault » se fait surtout sentir chez les Québécois francophones, plus vieux et moins éduqués qui votent libéral. Il est possible que sa prestation de dimanche soir (et celles qui vont suivre durant la semaine) en amène certains d’entre eux à délaisser les libéraux pour les cacqueux. Son allure d’honnête comptable de province un peu benêt a tout pour plaire à cet électorat.
Je ne crois pas que dans les circonstances actuelles, les débats entre les chefs changent vraiment les intentions de vote au point de faire la différence le jour du scrutin. À moins d’un retournement imprévisible de l’électorat, les jeux sont faits. Cette fois il n’y a pas de Jack Layton dans les parages pour drainer le vote de sympathie des Québécois. Reste à savoir si l’opposition officielle va être constituée par la CAQ ou par le parti libéral.
Le parti libéral, la coalition anti-Québec des anglo-ethniques, des mafieux, des magouilleurs et des opportunistes, semble se diriger vers une défaite historique comme celle subie par son parti-frère fédéral.
Après toutes ses trahisons, toutes ses compromissions, toutes ses collusions, il mérite, lui aussi, d’être jeté aux poubelles de l’histoire. Je ne m'aventure pas beaucoup en pensant que mes rêves vont bientôt être des réalités.
Les débats des chefs : pas d’effets sur la défaite probable des libéraux
Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – lun. 20 août 2012Pagination
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