ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Les commissions scolaires, «quossa donne»?

    La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, envisageait de couper 300 millions de dollars en trois ans dans le budget des commissions scolaires pour réaffecter l'argent dans les directions d'écoles. Les Anglais ont dit «no way». La ministre a pris son trou. On sait qui mène au Parti libéral du Québec.

    Aucun gouvernement n'a eu le courage de supprimer cette institution qualifiée par Jean-Marc Léger d'«aussi vétuste qu'inutile, de surcroît nuisible et coûteuse.» Camille Laurin l'avait envisagé lorsqu'il était ministre de l'Éducation, mais René Lévesque considérait que c'était prématuré.

    Si les Québécois n'étaient pas à l'origine un peuple de vaincus, il n'y aurait plus depuis longtemps de commissions scolaires. C'est une patente à gosse que les anglo-protestants ont imposée et défendent bec et ongles parce qu'ils veulent contrôler leur propre système scolaire dans une province à majorité francophone et «catholique».

    Elles représentent un niveau de gouvernement superflu et des dépenses inutiles. L'économiste Paul Daniel Muller de l'IEM évalue à une centaine de millions de dollars par année, les économies que le Québec pourrait faire en les abolissant. Cela ne se fera pas. Impossible de battre une alliance pour se partager l'assiette au beurre entre les petites bourgeoisies locales des mononcles et des matantes, les Anglos et, surtout, les syndicats.

    Il faut vraiment être naïf pour penser que les enfants constituent la principale préoccupation des syndicats de l'éducation. Les leaders syndicaux sont élus pour défendre les intérêts de leurs membres, un point c'est tout. Quand on réalise des coupes dans les commissions scolaires, on sabre d'abord dans les services aux étudiants ou dans tout autre domaine qui ne met pas en cause les acquis ou les privilèges syndicaux.

    Comme l'écrivent Jacques Raynauld et Yvan Stringer, des HEC: «Les fonctionnaires n'ont pas la réputation de faire preuve d'empressement lorsqu'il s'agit de recommander des mesures qui seraient bénéfiques sur le plan social, mais auraient le malencontreux effet d'éliminer leur emploi!» La bureaucratie syndicale de l'éducation et de la santé au Québec est hors de contrôle, et impossible à réformer. Seule une catastrophe comme celle que vit la Grèce présentement pourrait y arriver.

    Mais revenons aux commissions scolaires. La démocratie scolaire au Québec est une farce pathétique. Lors des élections scolaires de 2007 seulement un infime 7,9% des électeurs se sont prévalus de leurs droits d'élire leurs commissaires d'écoles. Pire. Près de 900 candidats ont été élus sans opposition. Les commissaires scolaires siègent une fois par mois et gèrent un budget annuel de près de 9 milliards de dollars.

    On manque d'orthophonistes, d'orthopédagogues et de psychologues. On manque de livres et d'ordinateurs. Les classes débordent de mésadaptés sociaux affectifs et autres élèves dysfonctionnels. Entretemps, on paie des voyages d'études, des cocktails et diverses autres largesses aux commissaires. On donne des bonis aux cadres.

    La vérité est que l'argent injecté dans l'éducation ne sert pas en premier lieu aux enfants, il sert d'abord aux cadres, aux administrateurs et aux syndiqués. Les miettes vont aux élèves qui sont forcés de faire du porte à porte pour vendre du chocolat, des épices et quoi d'autre pour financer des activités qui devraient être intégrées au budget des commissions scolaires.

    Devant cette impression de larrons en foire impossibles à contrôler qui se dégage des commissions scolaires et du système public, les gens ne voient pas l'intérêt d'aller voter ou ont décroché en inscrivant leurs enfants au privé.

    Si vous avez vraiment à cœur l'avenir de vos enfants, faites des économies ailleurs et envoyez-les à l'école privée. Ne les confiez surtout pas aux commissions scolaires.