Ça fait dix ans maintenant que les Américains et leurs alliés de l'OTAN occupent l'Afghanistan. Les Américains ont envahi le pays pour capturer Ben Laden et détruire ses camps d'entrainement de terroristes. En 2001, par pure stupidité, ils l'ont laissé fuir des grottes de Tora-Bora vers le Pakistan, où ils l'ont finalement tué l'année dernière.
Entretemps, ils ont ravagé l'Afghanistan. La puissance de feu de leur aviation et leur artillerie et leur complète indifférence aux pertes civiles ont causé la mort de dizaines de milliers d'Afghans, la destruction de milliers de maisons et de villages entiers. Mais la plus puissante armée de l'Histoire n'a pas réussi à écraser une bande de paysans analphabètes en pyjama et en sandales armés de vieux fusils et de bombes artisanales.
Le dégoût hautain des Américains pour les Afghans, leur mode de vie, leur culture et leur religion vient finalement de provoquer un incident qui va sans doute marquer un point de non-retour dans cette guerre. Des officiers américains de la prison de Bagram ont fait jeter des Corans dans une fosse avec des immondices pour les brûler. C'était l'équivalent transculturel d'un musulman qui défèque sur la Bible et se torche avec le drapeau américain un dimanche à la sortie des fidèles d'un temple baptiste au Texas.
Les Afghans ont pété les plombs. Des dizaines de civils ont été tués dans les émeutes qui ont ensanglanté la capitale et toutes les régions du pays. Deux officiers supérieurs américains ont été exécutés par balle à la tête par un collègue afghan dans un centre de commandement sécurisé du ministère de l'Intérieur de Kaboul. Le tueur a pu traverser plusieurs postes de contrôle et quitter les lieux sans être inquiété. Les Américains et leurs alliés, dont le Canada, ont immédiatement retiré leur personnel affecté à des ministères afghans.
Toute la stratégie de Washington, qui prévoit que ses unités de combats seront graduellement remplacées par de petits groupes d'instructeur et de conseillers au sein de l'armée et de la police afghane, est en péril.
Comme les talibans, les alliés afghans de Washington vomissent sur les Américains. Depuis 2007 les forces des États-Unis et de l'OTAN ont subi 47 attaques meurtrières de soldats ou de policiers afghans qu'ils entrainent ou qu'ils conseillent.
Le New York Times a publié en janvier une étude préparée par un psy des forces américaines en Afghanistan qui contredit les mensonges officiels voulant qu'il s'agisse d'«incidents isolés». Il écrit que ces attaques fratricides sont en pleine croissance et qu'elles sont peut-être d'une ampleur sans précédent entre alliés dans l'histoire militaire moderne.
Il attribue la haine grandissante des Afghans envers les Américains à un ensemble de facteurs: l'insouciance américaine devant les pertes civiles causées par leur armée et leur aviation; les raids nocturnes meurtriers souvent basés sur des renseignements erronés; la violation de la vie privée des femmes lors de perquisitions; la grossièreté, l'irrespect et l'arrogance dans le traitement des soldats et des civils afghans par les militaires américains; l'abattage à l'arme automatique d'animaux de ferme pour le simple plaisir par des soldats américains.
Depuis la rédaction de ce rapport, une vidéo sur YouTube a montré quatre Marines américains urinant sur les cadavres d'Afghans et des hélicoptères américains ont pulvérisé à la roquette et au canon mitrailleur huit bergers afghans, âgés de 6 à 18 ans, qui ramassaient du bois de chauffage. Plusieurs mariages ont subi le même sort au cours des années après que des invités eurent tiré en l'air en signe d'allégresse selon la coutume afghane.
Les Afghans n'oublieront jamais cette accumulation de gaffes, d'humiliations et de mépris qui se poursuit toujours.
Dans ces conditions, placer des conseillers américains dans des unités afghanes les condamne à mort. Mais Obama est trop faible pour forcer les généraux du Pentagone à revoir cette stratégie et leur imposer un retrait rapide d'Afghanistan. Ils ne peuvent pas admettre que des pouilleux mal armés leur tiennent tête avec succès, comme au Vietnam. Leur seul objectif maintenant est de retarder le plus possible l'échéance inéluctable, quelles que soient les pertes chez leurs propres soldats et chez les Afghans.

