Sarko tire de l'arrière dans les sondages. La preuve, c'est qu'il joue la carte nationale et patriotique. Imaginez, tout à coup, il se met à parler de la grandeur de la langue française et de la nécessité de la protéger. Dans un pays où les élites l'ont, depuis longtemps, reniée au profit de l'anglo-américain qu'elles baragouinent d'ailleurs assez comiquement. Défendre les valeurs françaises? C'est tellement ringard et réactionnaire qu'on se croirait au Front national ou au Parti Québécois. Sarkozy espère ainsi attirer vers lui des votes de Marine Le Pen. La majorité silencieuse n'est pas majoritairement de son côté. Sa femme, Carla Bruni, insiste même ces jours-ci: «Nous sommes des gens modestes».
François Hollande, l'homme «drabe» du parti socialiste, a de bonnes chances de l'emporter sur le petit excité touche-à-tout. Il se veut monsieur tout le monde, l'homme ordinaire. Sarkozy, qui représente la richesse m'as-tu-vue «bling bling», se plait à dénoncer son adversaire comme le candidat de la «gauche caviar parisienne».
C'est un fait qu'avec Mélenchon (extrême gauche unie), Hollande a l'appui des «intellectuels en chaise longue». À l'image de Sartre, ils vivent à droite, mais votent à gauche, question de ne pas désespérer les pauvres.
Le parti socialiste français n'est plus le parti de «travailleurs» depuis des décennies, à moins de considérer les fonctionnaires, les employés de bureau, les enseignants comme tels. Le PS représente majoritairement la petite bourgeoisie bureaucratique dont les membres, comme au Québec, aiment se faire passer pour des travailleurs. En France, les classes populaires, les ouvriers, les chômeurs, les démunis issus de l'immigration votent pour l'extrême gauche ou l'extrême droite ou s'abstiennent. Ils ne votent certainement pas pour les profs et les ronds-de-cuir, bedonnants et grisonnants, qui gonflent les rangs du Parti socialiste. Le Front national recrute une partie significative de son électorat chez des jeunes de moins de 30 ans.
Hollande se présente comme le socialiste qui va tenir tête aux marchés financiers, qui va faire casquer plus d'impôts aux riches et qui va favoriser le développement économique plutôt que couper dans les programmes sociaux. Et moi je veux vous vendre la Tour Eiffel!
Comme c'est le cas dans la plupart des campagnes électorales, les candidats évitent d'aborder les vrais problèmes. Ça les obligerait à prendre des positions qui déplairaient à une partie de l'électorat. On préfère ânonner des lieux communs et des évidences et s'adonner à la démagogie. Plus rentable électoralement. Personne ne parle d'austérité. Les Français n'aiment pas. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, tout le monde accuse le capitalisme globalisant et la finance internationale sans cœur et leurs alliés hexagonaux. Même Sarko.
La France de Sarkozy a une économie qui stagne et un taux de chômage à 10%. La vérité toute crue qui ne peut être dite en campagne électorale c'est que, de droite ou de gauche, le prochain chef de l'État va devoir gérer des réductions de dépenses publiques draconiennes ou des déficits astronomiques menant à la faillite.
Alors que l'Europe est en pleine crise financière, ni Hollande ni Sarkozy n'évoquent la dette accumulée du pays, les modifications nécessaires de l'aide sociale, des retraites et les réformes du système d'éducation.
Si Sarkozy ne réussit pas à l'emporter au premier tour dimanche soir, il est fait. Les indécis, 25% de l'électorat, vont vouloir voter gagnant et vont se retourner vers Hollande. Ni lui ni son parti ne peuvent mettre les Français à l'abri de la mondialisation et des transformations radicales qu'elle impose à leur mode de vie. Ils peuvent tout au plus en retarder l'échéance et ainsi rendre ses conséquences encore plus gravissimes.

