Le suicide du sergent détective Ian Davidson quelques jours après que son nom fut coulé dans les médias comme un pourri qui voulait vendre à la mafia la liste des informateurs du SPVM au sein du milieu criminel soulève plusieurs questions troublantes.
Mais réglons d'abord un cas de désinformation. Certains journalistes, peut-être téléguidés par des policiers, avancent qu'on n'aurait sans doute pas pu porter d'accusations criminelles contre lui. Comment peut-on être aussi stupide et/ou aussi ignorant? Il a manifestement volé des informations hautement confidentielles à la police qui valaient plus que cinq mille dollars puisqu'il les a offerts à la mafia pour un million. Affirmer que la preuve aurait été difficile à faire est tout aussi idiot puisque c'est un avocat de la défense qui a alerté les autorités et qu'il a reconnu publiquement avoir eu l'offre de Davidson. Il aurait été obligé de témoigner. Mais le fait de dire que des journalistes complaisants servent de porte-voix à la police n'est pas plus une primeur que d'affirmer qu'il y a des ripoux en uniforme.
Il est certain que des membres importants du SPVM ont dû participer à plusieurs conciliabules pour discuter de la façon de cacher le scandale à l'opinion publique. On a peut-être même envisagé de supprimer Davidson ou de l'encourager à le faire. Ce ne serait pas la première fois que ça arrive.
Il y a une vingtaine d'années alors que j'enquêtais sur des ripoux au sein de la section des stupéfiants de la GRC à Montréal, le sergent d'état-major Paul Sauvé qui purgeait alors une peine d'emprisonnement m'avait révélé qu'un de ses supérieurs l'avait encouragé à se suicider au moment de son arrestation. On lui avait proposé de le laisser seul 15 minutes avec son arme « pour laver ton déshonneur et éviter le déshonneur de la force ». Quelques années plus tard, le même officier, alors cadre supérieur de la GRC, avait eu un bref entretien avec un autre ripou de la force, Claude Savoie. La sécurité interne de la police fédérale était en route vers son bureau au Quartier général d'Ottawa. Savoie s'est tiré une balle dans la tête avant qu'on puisse l'interroger sur les intelligences qu'il entretenait avec une organisation criminelle par l'intermédiaire de l'avocat Sydney Leithman. Lui-même sera mystérieusement assassiné par la suite.
Pour en revenir au cas Davidson. Comment se fait-il qu'on était au courant depuis le mois d'avril de sa trahison et qu'il était toujours en liberté? Dans quelles circonstances l'a-t-on empêché de prendre l'avion pour le Costa Rica en octobre dernier? Certains médias affirment qu'on l'a enlevé. Est-ce vrai? Pourquoi ne l'a-t-on pas arrêté si on a saisi dans ses valises des documents compromettants? Pourquoi a-t-il été relâché puisqu'on savait depuis des mois qu'il possédait des informations qui pouvaient mettre la vie de centaines de personnes en danger?
Était-il sous filature 24/7 depuis avril? Depuis octobre? Sinon pourquoi? Si oui, ça veut dire qu'il était sous filature lorsqu'il a quitté son domicile pour aller se suicider au Best Western.
À combien de reprises et dans quelles circonstances a-t-il été rencontré par des membres du SPVM entre le mois d'octobre et son suicide? Étaient-ce des rencontres informelles ou des interrogatoires?
Combien d'actes criminels autorisés (C-24) la police a-t-elle commis dans cette affaire? Lesquels? Quelle est l'autorité supérieure qui a donné les autorisations?
Est-ce qu'on a demandé à la police du Costa Rica de perquisitionner sa résidence dans ce pays? Sinon pourquoi ne l'a-t-on pas fait? Encore une fois, il s'agissait d'une affaire gravissime où de nombreuses vies humaines étaient en cause.
Quel a été le rôle de la GRC dans cette affaire? On peut penser que c'est elle qui a découvert ce que Davidson tramait dans son écoute électronique du clan sicilien qui a mené à l'arrestation de Raynald Desjardins pour le meurtre du mafioso new-yorkais Montagna. Le SPVM, même s'il l'a envisagé, ne pouvait plus alors cacher qu'il y avait un retraité ripou qui voulait monnayer les secrets les mieux gardés de l'organisation.
Il semble y avoir dans ce dossier un « cover-up » de comportements illégaux, inacceptables ou contraires à la déontologie policière. Les flics vont tout faire pour étouffer l'affaire et ils vont sans doute réussir. Une enquête indépendante? N'y pensez même pas. Ni Tremblay, ni Charest ne veulent les indisposer par les temps qui courent.

