ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Le Québec condamne le Canada à des gouvernements minoritaires.

    PC_ignatieffLes Canadiens vont retourner aux urnes pour la quatrième fois en sept ans. Et il n'est même pas certain que les conservateurs vont réaliser leur rêve d'obtenir un gouvernement majoritaire. Même si le sort du gouvernement Harper va se jouer dans des circonscriptions du sud de l'Ontario, le Québec reste l'empêcheur de danser en rond.

    L'un des aspects les plus étranges de cette élection est l'attitude des libéraux. Dirigés par un chef impopulaire et dévastés dans les sondages ils ont quand même décidé de participer au renversement du gouvernement Harper.

    Sont-ils poussés par un instinct de mort? Non, c'est qu'ils croient leur propre propagande. En tant que membre du parti «gouvernemental institutionnel du Canada », les libéraux se croient naturellement supérieurs à leurs adversaires et ils pensent vraiment que les conditions ne leur ont jamais été aussi favorables. L'un des problèmes des libéraux c'est qu'ils sont sans le sou alors que les conservateurs sont bien financés.

    Les libéraux croient pouvoir secouer l'indifférence des électeurs en mettant l'accent sur la moralité douteuse, les abus de pouvoir et l'arrogance du gouvernement conservateur. À deux reprises récemment le gouvernement a été déclaré coupable de mépris pour le Parlement pour avoir refusé de divulguer les estimations de coûts pour la répression de la criminalité et pour les mensonges flagrants de l'ineffable Bev Oda. Séquelle de la dernière élection, quatre conservateurs font aussi face à des accusations d'avoir violé les lois électorales du Canada.

    Les sondages accordent aux conservateurs l'appui de près de quatre électeurs sur 10 et la plupart des analystes croient qu'ils ont une bonne chance de réaliser le gain de 12 sièges nécessaire pour obtenir un gouvernement majoritaire. Même s'ils n'obtiennent pas un tel succès, tout indique qu'on se dirige vers un gouvernement minoritaire conservateur renforcé.

    Et où est donc l'intérêt des néo-démocrates à défaire les conservateurs et à se lancer dans une campagne électorale? Jack Layton aurait fait face à une gronde au sein de sn parti s'il avait de nouveau appuyé le gouvernement conservateur. Les néo-démocrates ne peuvent améliorer la situation de leur parti en Chambre. Ils pourront crier victoire (avec soulagement) s'ils réussissent à simplement consolider leur députation actuelle.

    Certains néo-démocrates avancent le scénario où les libéraux font suffisamment de gain pour être à portée du pouvoir d'un gouvernement conservateur minoritaire réélu. Harper pourrait de nouveau être défait par un vote de défiance sur son discours du trône. Le gouverneur général pourrait alors faire appel à Ignatieff pour former un gouvernement avec la participation du NPD et l'appui du Bloc. Les néo-démocrates et Jack Layton ont droit de rêver en couleur, non?

    Le Bloc québécois et son chef Gilles Duceppe n'ont rien à perdre en votant contre le budget. Les sondages permettent même au Bloc d'espérer des gains significatifs aux dépens des conservateurs et d'obtenir entre 54 et 58 sièges des 75 du Québec à la Chambre des communes. Seuls, la quinzaine de sièges dans les communautés « anglo-ethniques », principalement dans la région de Montréal, sont interdits aux ambitions bloquistes.

    Le Canada est condamné à l'instabilité politique et aux gouvernements minoritaires à répétition tant que le Québec avec son appui massif au Bloc restera dans la confédération où tant que le poids démographique et politique du Québec ne se sera pas considérablement estompé, ce qui va prendre encore plusieurs décennies.