ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Le Front national. Extrême droite par rapport à qui et à quoi?

    Marine Le PenLe Front national dirigé par Marine Le Pen, la fille de l'autre, est en tête dans les sondages en vue des prochaines présidentielles en France. Vingt-quatre pour-cent des Français déclarent qu'ils voteraient pour elle, la plaçant devant les candidats potentiels du parti socialiste et plus loin, de Nicolas Sarkozy et son UMP. Impossible de lire un article sur le Front national sans qu'il soit qualifié d'extrême droite.

    Extrême droite par rapport à qui et à quoi? Allez sur internet et lisez le programme du FN. Puis comparez-le aux positions du parti républicain américain ou du Likoud israélien qui a donné le poste de ministre des Affaires étrangères à Avigdor Lieberman, un raciste antiarabe avéré. Regardez ce que les trois partis disent sur les Arabes et l'immigration. Comparez leurs politiques sociales et économiques. Vous vous rendrez rapidement compte que le FN n'est pas le plus extrême des trois.

    Pourtant contrairement au Front national, on n'entend et on ne lit jamais dans les médias l'expression, « Le Parti républicain américain d'extrême droite… » Pour le Likoud ont se contente hypocritement de signaler qu'il signe des accords avec l'extrême droite israélienne, mais on n'ose pas dire qu'il en fait lui-même partie.

    Les ténors du Parti républicain américain font régulièrement des déclarations antiarabes ou antiimmigrations qui les mèneraient devant les tribunaux s'ils les tenaient en France. Les républicains ne lésinent par sur les moyens pour attiser la haine antimusulmane aux États-Unis. Cette semaine, le représentant républicain de Long Island, Peter King, va présider une série d'auditions d'un comité parlementaire destinée à singulariser les arabo-musulmans comme des extrémistes potentiels. Une belle chasse aux sorcières maccartiste qu'on va pouvoir suivre à la télévision.

    Le représentant King déclare qu'il agit ainsi pour lutter contre le terrorisme. Mais sa haine du terrorisme n'est pas sans exception. Ce même individu a été pendant des décennies un des principaux apologistes américains de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), à l'origine des pires atrocités jamais commises sur le sol britannique et irlandais. Les terroristes de l'IRA ont été responsables de la mort de quelque trois mille personnes pendant le conflit en Irlande du Nord entre 1969 et 2001.

    Pour en revenir au Front national et à son programme. Si on le compare à ceux des partis politiques québécois, il propose une plate-forme économique et sociale assez semblable à celle de l'ADQ, mais avec une forte composante nationaliste et populiste, absente du parti de Deltell, inconditionnellement canadian.

    Le nationalisme et populisme du FN en font-ils un parti d'extrême droite? Le maître de la science politique en France, René Rémond, qui ne partage pas les idées du FN, ne le pense pas. Il note que le Front national « s'inscrit dans le cadre de la démocratie représentative » et qu'il ne se confond pas avec les formations de droite qui rejettent l'héritage de la révolution de 1789. Rémond estime que l'étiquette populiste lui convient mieux.

    Populiste, le Front national l'est beaucoup plus que le parti socialiste français, en déclin depuis plus de 20 ans, ne l'a jamais été. L'électorat populaire français, jadis séduit par le parti communiste, a rejoint le Front national plutôt que le PS essentiellement identifié à la petite bourgeoisie bureaucratique des fonctionnaires et des enseignants. C'est sociologiquement ce qu'est en train de devenir le PQ avec une députation recrutée en majorité dans ces catégories sociales.

    Il serait intéressant qu'une boîte de sondage demande à un échantillonnage de Québécois de se prononcer sur le programme politique de Marine Le Pen et du FN, en particulier sur leur politique concernant l'immigration, sans mentionner de nom. Mon intuition est qu'ils feraient meilleur score que le parti virtuel de François Legault. De quoi faire de la peine à Gérard Bouchard et à une bonne partie de l'élite intellectuelle et politique québécoise.