Pour les Québécois, le premier juillet a toujours été la journée du déménagement avant d’être la Journée du Canada.
Selon l’agence QMI, il y avait beaucoup plus de personnes qui
déménageaient dimanche (80 000) que de participants aux festivités du Canada Day à Montréal. La fête nationale des Québécois, c’est le 24 Juin.
Le
défilé de Montréal était pathétique. Entre la parade du père Noël et
celle de la fierté gaie. Depuis Trudeau, le gouvernement fédéral a eu
beau essayer de créer un sentiment d’appartenance canadienne autour du Canada Day,
ça n’a marché, au Québec, qu’avec les Anglos-ethniques et les
immigrants nouvellement arrivés. Le West Island jusqu’à la rue
Saint-Laurent a fêté son Canada.
Ce qui m’a frappé, c’est que les Anglos de souche paraissaient mêmes minoritaires parmi les anglophones. Le Canada Day montréalais avait vraiment les allures d’une manifestation ethnique, une espèce de Carifête avec
des moyens financiers plus importants. Je regardais ça et je me disais
que les Anglo-Québécois sont en train de disparaître. Je me demande
s’ils ne sont pas déjà minoritaires parmi ceux qui parlent anglais au
Québec.
Écoutez la radio ou la télévision anglaise à Montréal.
Allez dans un hôpital, une école ou un cégep anglophone. Vous allez
constater qu’une partie importante du personnel est constituée de
francophones. C’est comme si les Anglo-Québécois
de souche n’étaient plus assez nombreux pour faire fonctionner leurs
institutions sociales et culturelles et que les nouveaux arrivants
anglophones n’étaient pas encore prêts pour assumer certaines activités.
À tous les niveaux de la communauté anglophone au Québec actuellement,
ce sont des francophones qui assurent le fonctionnement des
institutions. Je serais curieux de savoir combien il reste d’Anglos de
souche parmi les quelque 18 % de Québécois qui se déclarent de langue
anglaise.
En ce premier juillet, comme c’est leur habitude, les
journalistes et les analystes politiques du Canada anglais se sont
questionnés sur l’ambigüité des Québécois qui se comportent comme si le
Canada n’existait pas ou qu’ils n’en faisaient pas partie.
Non
seulement il n’y a aucun engouement chez plus de 80 % des Québécois pour
le patriotisme Canadian, mais les «gens du pays» se désolidarisent
complètement du retour du Canada à ses racines British et du
culte de la personnalité que Harper est en train de développer autour
d’Élizabeth II. «Merde à la reine d’Angleterre qui nous a déclaré la
guerre» est une rengaine familière ici depuis la Nouvelle-France.
La
très grande majorité des Québécois n’a aucun attachement sentimental ou
autre au Canada. Mais ça ne veut pas dire qu’ils favorisent
l’indépendance. L’année dernière, ils ont détruit à jamais le Bloc
Québécois qui représentait cette option à Ottawa, sans trop savoir pourquoi, à part le fait que Jack Layton était sympathique.
Pourtant, la possibilité d’un retour au pouvoir du PQ préoccupe Harper. Il est venu récemment au Québec demander à Brian Mulroney et à Jean Charest ce
qu’il pourrait faire pour empêcher Pauline Marois de devenir premier
ministre? Je le plains s’il n’a personne de mieux à qui demander
conseil.
Si les élites anglo-canadiennes redoutent un retour du
PQ au gouvernement, ce n’est pas le cas de la population
canadienne-anglaise en général. Un sondage récent indique que la
séparation du Québec laisse totalement indifférents près de la moitié
des répondants. «Vous voulez partir, nous disent les Canadiens anglais,
ben crissez donc le camp! On sait que vous êtres trop lâche, trop vieux
et plus assez nombreux pour le faire.»
Rares sont ceux dans le
ROC qui croient que l’avenir du Canada va de nouveau se jouer lors des
prochaines élections au Québec. On estime généralement que les libéraux,
soutenus massivement par les Anglos-ethniques, vont réussir à se
maintenir au pouvoir face au vote francophone divisé. On se félicite
d’ailleurs que la fronde estudiantine, en accentuant ces divisions,
favorise la réélection de Charest.
La génération montante des
Québécois semble, en effet, plus préoccupée par le fric que par la quête
d’un pays comme le démontre la mobilisation d’une partie significative
de la jeunesse bourgeoise pour éviter des hausses de frais de scolarité.
Je serais agréablement surpris si le dixième seulement de ceux qui sont
descendus dans la rue pour une poignée de dollars était disposé à
entreprendre des actions collectives pour réaliser la souveraineté.
Le «Canada Day» à Montréal: entre la parade du père Noël et celle de la fierté gaie
Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – mer. 4 juil. 2012Pagination
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