René
Lévesque les appelait les «Rhodésiens blancs», allusion aux colons
britanniques d’Afrique australe. Depuis la conquête, ils constituent la
classe dominante à Montréal où une bonne partie des rues, des places et
des lieux publics portent des noms destinés à rappeler leur suprématie
sur leurs serviteurs francophones: de Nelson à Wellington en passant par
Victoria.
Ce sont eux qui constituèrent les féroces milices
supplétives du général Colborne qui mirent à feu et à sang les fermes de
la Rive-Sud de Montréal durant les troubles de 1837. Et encore eux, en
1849, à l’incitation de la Gazette, qui incendièrent le Parlement
canadien qui siégeait à Montréal pour voter des compensations pour leur
pillage de la décennie précédente. Not for those damn french bastards, never! Le gouverneur, Lord Elgin, doit se réfugier sur l’île Sainte-Hélène de crainte d’être lynché par les «montrealers».
On
aurait pu penser que la Révolution tranquille et l’enseignement
généralisé du français dans les écoles anglaises depuis quarante ans
avaient eu raison de la mentalité «Race des Seigneurs» des jeunes
Anglo-Montréalais.
Un sondage de L’actualité nous
démontre qu’il n’en est rien. Les jeunes anglos se considèrent toujours
comme membres d’une élite privilégiée qui impose sa culture et sa
langue supérieure à la masse inculte et ignorante que constitue la
majorité francophone déclinante de Montréal. Le français, c’est bon pour
les campagnes environnantes. Not for Montreal. It’s ours! Pour eux, à Montréal, aujourd’hui comme au XIXe siècle, c’est en anglais que ça se passe et que ça doit se passer.
Oui,
mais que voulez-vous, l’anglais est la langue mondiale de
communication! Est-ce que cela fait que la langue de communication est
moins l’italien à Rome, l’allemand à Berlin ou l’espagnol à Madrid? Non,
bien sûr. C’est différent à Montréal parce que nos Anglais savent à qui
ils ont affaire. À l’un des peuples les plus serviles de la planète. Et
ils en profitent.
Cette méprisable soumission obséquieuse qui
est notre caractéristique nationale est facile à vérifier au quotidien.
Allez dans n’importe quel endroit public à Montréal. Constatez
l’aplatventrisme des francophones de souche qui passent à l’anglais «par
politesse» dès qu’ils détectent un quelconque accent chez leur
interlocuteur. Mettez ça sur le compte de notre complexe d’infériorité
congénital. Heureusement, les nouveaux arrivants francophones ne sont
pas affligés de cette tare et ils se comportent plus dignement que nous
dans ces situations.
Au cours des dernières décennies, malgré la
loi 101, le sentiment de supériorité linguistique des jeunes anglophones
a été renforcé par les décisions de la Cour Suprême du Canada (dominée
par les Anglos et des lèche-bottines choisis par eux) invalidant
certaines de ses clauses essentielles et par l’action du Parti libéral
du Québec, une formation qui n’existe que pour assurer la pérennité de
leur domination.
Il serait vraiment révélateur que L’actualité
fasse des sondages semblables sur les jeunes des autres groupes
majoritairement apparentés aux Anglos-Montréalais comme les Grecs, les
Juifs et les Italiens. Mais je suis parfaitement conscient que cela ne
se fera jamais. Les résultats obtenus seraient sans doute encore plus
désolants. Le mépris affiché pour le français et les francophones serait
politiquement explosif au point de rendre le sondage impubliable.
Que
faire? Pas grand-chose n’est possible pour le moment. La majorité
francophone, en plus d’être lâche et de se complaire à servir de tapis,
est divisée politiquement. Tant que le Parti libéral reste au pouvoir,
il va tout faire pour défendre les intérêts de ses bailleurs de fonds et
électeurs qui lui accordent un soutien aussi massif qu’inconditionnel:
les Anglos-ethniques, les vieux francophones ignorants, les affairistes
magouilleurs et la mafia. C’est une combinaison dure à battre.
Le bras d’honneur des jeunes Anglo-Montréalais à la majorité francophone
Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – lun. 2 avr. 2012Pagination
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