Dès le lendemain du massacre de Aurora, les habitants du Colorado se sont précipités chez leur marchand d’armes favori, augmentant de 44 % les ventes par rapport à l’année dernière. Le même phénomène s'était produit en Arizona en janvier 2011 après la tuerie dans laquelle la représentante Gabrielle Gifford avait été grièvement blessée.
Une hausse considérable des ventes d’armes à feu a également suivi l’élection du président Obama en 2008. Le parti républicain avait semé la panique en affirmant qu’Obama allait en interdire la possession s’il était élu. Ce parti s’adresse aux éléments les plus ignares, les plus stupides et les plus crédules de la population, dont les blancs pauvres des États du sud et de l’ouest, qui couchent avec leur AK-47 et leur Glock.
Obama avait effectivement promis d’introduire des mesures pour limiter la possession de certaines armes de guerre à chargeur à haute capacité, mais l’opportuniste n’a rien fait en ce sens après son élection. Il n’a même pas tenté de reconduire une loi adoptée par Bill Clinton qui imposait des restrictions sur la possession de fusils d’assaut.
Cette fois, il a compris. À part les phrases creuses de circonstance pour réconforter les victimes et leur famille, il est resté totalement silencieux sur la question. La majorité des Américains, conditionnée par le discours de la droite et du lobby des armes à feu, est favorable à la possession d’armes à feu avec le moins de restrictions possible.
Dans certaines régions particulièrement arriérés des États-Unis, cela atteint des niveaux qui soulèvent le doute sur la lucidité de leurs élus.
Ainsi, plusieurs États permettent maintenant la possession d’armes dissimulées dans les débits d’alcool et dans les institutions d'enseignement. D’autres États, comme la Floride, autorisent un citoyen de dégainer son arme dès qu’il se sent menacé, peu importe si cette menace est réelle ou imaginaire.
Les chantres de la mort de la National Rifle Association, qui mènent les politiciens par le bout du nez, affirment que la possession généralisée de puissantes armes à haute capacité est la seule façon d’éviter des tueries de masse. Cette position est non seulement idiote, mais elle relève de la démence criminelle. Plusieurs victimes de ces tueries de masse sont atteintes par des balles qui ne leur sont pas destinées.
Multipliez le nombre de personnes qui, tout à coup, sortent leur arme et tirent pour se défendre et vous allez du même coup multiplier le nombre de cadavres. Cette logique élémentaire échappe à la majorité des Américains.
Il ne passe plus un mois sans tuerie de masse aux États-Unis. Il s’agit, la plupart du temps, de jeunes hommes déçus par le rêve américain qui promet un bonheur social, familial et conjugal à tous.
La vie est différente. Surtout depuis le crash de 2008: pertes d’emploi, chômage qui touche maintenant les diplômés des collèges et des universités, divorce, précarité sanitaire et alimentaire, vie dans des environnements urbains sans service et de plus en plus délabrés. La stagnation économique américaine actuelle ne peut qu’aggraver la situation. La spirale des tueries de masse ne va pas s’arrêter. Elle risque plutôt de s’emballer.
Il est impossible d’imaginer que les États-Unis se dotent un jour de lois sensées sur le contrôle des armes à feu. Pourquoi? Parce que cette violence est au cœur même de la culture et de l’histoire américaine. La conquête génocidaire de l’ouest sur les Indiens. L’annexion par la violence du tiers du territoire du Mexique. L’épopée des tueurs légendaires adulés des foules comme Jesse James, Billy the Kid, Al Capone ou Bonnie and Clyde...
Hollywood produit les films et les émissions de télévision les plus violentes et les plus sanguinaires de toute la planète. Ce sont des éloges aux armes à feu et à ceux qui les utilisent. Pensez aux films cultes de Quentin Tarantino qui mettent en vedette des tueurs psychotiques qui assassinent pour le plaisir ou par simple impulsion.
On peut même corriger le chef des Black Panthers, Huey P. Newton, lui-même tué de trois balles au visage, et dire: (Gun) violence is as Americain as apple pie.
La violence par armes à feu est aussi américaine que la tarte aux pommes
Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – mer. 25 juil. 2012Pagination
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