La question de l’avortement est un tabou au Canada. Une partie significative de la population s’y oppose avec véhémence pour des raisons morales et religieuses tandis que d’autres groupes refusent avec autant d’animosité qu’on conteste son statut légal actuel. L’avortement est permis au Canada, jusqu’à l’expulsion naturelle du fœtus de l’utérus de la mère. Seule la Chine, qui va elle jusqu’à contraindre des femmes à se faire avorter, a une politique aussi favorable sur l'avortement que le Canada.
Les politiciens canadiens, toujours aussi poltrons lorsqu’il s’agit de questions controversées qui risquent de leur faire perdre des votes, aiment mieux rester silencieux sur la question. Sauf ceux du Québec qui appuient avec enthousiasme la position des féministes et des groupes associés qui défendent, bec et ongle, l’avortement sur demande.
La réalité sociale et scientifique canadienne place maintenant les militantes proavortement devant un épouvantable dilemme. Doit-on intervenir pour interdire légalement l’avortement sélectif des fœtus féminins? C’est une pratique rependue dans des pays comme la Chine, la Corée et l’Inde, où chaque année des millions de fillettes sont éliminées parce que leurs parents préfèrent avoir des garçons.
L’immigration de ces pays a amené cette pratique au Canada. Abbotsford en Colombie-Britannique abrite l'une des plus grandes communautés indiennes au pays. Elle possède également l'un des ratios entre les sexes les plus asymétriques. Parmi les enfants de moins de 15, il y a 121 garçons pour 100 filles.
Pour satisfaire cette clientèle, et aussi celle des autres Canadiens qui veulent choisir le sexe de leur enfant, des cliniques privées offrant des examens échographies 3D permettent de le déterminer avant 20 semaines de grossesses. On peut ainsi le faire facilement avorter s’il n’est pas du sexe désiré.
Une enquête de la CBC dans 22 centres échographiques à travers le pays a révélé que la majorité était disposée à déterminer le sexe du fœtus, peu importe l’avancée de la grossesse. Il n'existe actuellement aucune loi au Canada qui interdit de révéler le sexe d'un fœtus ou de le faire avorter simplement à cause de son sexe.
La CBC a demandé aux cinq partis politiques fédéraux leur position sur l'avortement sélectif basé sur le sexe du fœtus et sur les centres privés d’échographie. Sauf le Bloc, qui a carrément refusé de commenter, les quatre autres partis ont donné une réponse politiquement correcte prônant l’éducation pour enrayer la pratique. En clair, aucun d’entre eux ne veut rouvrir le débat sur la question de l’avortement.
Devant ce phénomène social grandissant de la sélection de sexe par avortement, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a lancé un appel pour une interdiction totale des «examens» par ultrasons ailleurs que dans des services hospitaliers qui ne révéleraient le sexe du fœtus que dans les derniers mois de grossesse.
Cela n’aura aucun effet. On va simplement pousser ces «cliniques privées» vers la clandestinité comme l’étaient jadis les cliniques d’avortement, et accroitre le prix du service. On ne réussira jamais à interdire les fournisseurs de service de détermination de sexe du fœtus. D’autant plus qu’avec le progrès technologique, des appareils échographiques seront bientôt disponibles à des prix dérisoires dans le commerce.
Comment considérer que l’avortement est une question purement personnelle relevant de l’unique choix de la mère ou des parents, sauf quand le fœtus est féminin où, là, on devrait imposer un contrôle sociétal? Avorter des garçons ne poserait aucun problème. Seule la motivation des parents qui ne veulent pas de filles serait scandaleuse et criminelle. S’ils ne veulent simplement pas d’enfants, leur choix d’avorter le fœtus serait socialement et moralement acceptable?
La vie d'une fille est-elle supérieure à celle d'un garçon?
Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – lun. 9 juil. 2012Pagination
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